Agnès ALBERNY

Directrice de casting

Directrice de casting depuis 13 ans. Agnès ALBERNY travaille pour la télévision, la publicité, le cinéma. Une vrai passionnée par son métier, Agnès est chargée de rechercher et de proposer des interprètes correspondant aux rôles des projets qu’elle reçoit. Elle nous fait partager la vision de son travail et nous livre des anecdotes amusantes sur ses projets.

Maëlle VABRE : Sur quel type de projet travaillez-vous en tant que directrice de casting ?

Agnès ALBERNY : C’est très varié… ça va du shooting photo en passant par le clip musical, la publicité, la télévision, les films d’entreprise, des téléfilms, également des séries télé, et des longs métrages.

En ce moment je bosse sur un 4 x 52 minutes, ainsi qu’un long métrage et un téléfilm. La cerise sur le gâteau c’est le long-métrage j’avoue.:-) Mais tout est intéressant dans ce métier. Chaque recherche vous amène à dépasser votre zone de confort.

M.V : Pouvez-vous nous donner un exemple de projet typique ?

A.A : Un projet typique ? Aucun projet ne se ressemble… J’affectionne plus particulièrement la publicité, parce que j’ai été formée par quelqu’un qui venait de la publicité… J’ai la chance d’avoir appris ce métier sur le tas.

Les rencontres sont importantes. Pour moi, exercer ce métier c’est comme être un peintre il me semble : en fonction du décor, de l’ambiance, de la vision du réalisateur, du photographe, j’essaie de composer une image.

Par exemple, vous me dites “je travaille sur un décor, c’est plutôt un bar avec des poivrots ou alors un décor un peu chic “soirée guindée…”” je vais imaginer les gueules qui vont avec… Ça évidemment c’est pour la figuration, mais après pour les rôles c’est exactement pareil, avec l’interprétation en plus. Ca rajoute un paramètre dans l’équation. J’aime peaufiner mon travail. Aller vite ou bien prendre le temps de rechercher la perle rare EN FONCTION DU PROJET. En fonction du temps qu’on vous laisse pour la trouver.

J’adore le challenge ! Plus c’est un truc difficile, farfelu, plus je vais me dire il y a forcément une solution à trouver. LA gueule que le réalisateur désire pour SON projet !

M.V : Vous avez un exemple de projet farfelu ?

A.A : Par exemple, on bossait sur un shooting photo. L’agence de publicité m’appelle, ils me disent “oh là là on est catastrophé” c’était pour Toulouse Intérim Handicap, une agence d’intérim pour handicapés. “Il nous faut une personne en fauteuil roulant, une personne aveugle, sourde et muette, manchot et une personne de petite taille” c’était ça le brief. Ils m’ont dit “il y a que toi qui peut le faire, nous on ne sait pas par où commencer….” Ça c’est un bon souvenir de projet farfelu ! J’ai adoré relever ce challenge.

C’est vrai qu’arriver au bout de chaque casting c’est une petite satisfaction personnelle.  Arriver à satisfaire un client quel qu’il soit. Ou alors un shooting photo avec des papys à poil (toujours avec la même agence de pub :-)) ça aussi c’était un truc ! J’ai dit à l’agence “mais attendez on ne va pas y arriver. À partir d’un certain âge, les gens ont du mal à se dénuder, à part les naturistes peut être…” Mais on ne cherchait pas forcément des naturistes… c’était plus un profil à la Pagnol. On a réussi et c’était drôle !

C’est vrai que ce métier, je l’aime. Je ne fais jamais la même chose, on va dire que c’est toujours plus ou moins les mêmes étapes : on recherche, on poste des annonces… etc…

Un casting ça reste le même processus: on auditionne, on dirige, on fait le montage et on envoie les essais. Les équipes ne sont jamais les mêmes.

Finalement c’est très enrichissant aussi bien du côté de la figuration, que des comédiens et que du côté technique. Ce sont toujours des personnes d’horizons différents. C’est ça qui est sympa et que j’aime dans ce métier. Parce que je rencontre toujours des nouvelles personnes.

M.V : Vous êtes centrée seulement sur Toulouse ?

A.A : Non. Je travaille essentiellement entre Toulouse et Marseille. Et ça m’arrive aussi de travailler sur Paris. Familialement travailler dans le sud c’est plus simple pour moi vis a vis de ma fille.

M.V : Vous avez fait des études pour devenir directrice de casting ?

A.A : Non pas du tout. Je faisais de la physique quantique donc ça n’a rien à voir.

M.V : C’est vraiment par hasard que vous faites votre métier actuellement ?

A.A : Je dirais qu’il n’y a jamais de hasard. Il n’y a pas de hasard dans la vie, je ne crois pas du tout au hasard… Un événement familial m’est arrivé, et a fait que je me suis posée des questions à 20 ans qu’on se pose généralement à 50 ans !

J’avais des facilités en maths et physique : je ne m’étais jamais posée de questions sur pourquoi ce cursus avant cet évènement. Evidemment c’est toujours déstabilisant de sortir de sa zone de confort. Je ne me voyais pas faire ça toute ma vie. Je sentais que dans la vie il fallait faire ce que l’on avait envie EN PRIORITE. La vie est courte mais quoi faire ?? Ça a été un peu difficile à déterminer parce que pendant un moment je me suis dit “je vais être infirmière je vais aider les gens…”

Le père de ma fille est comédien. Il s’épanouissait là-dedans, je me suis dit “pourquoi pas moi ?” C’est parti comme ça de fil en aiguille. J’ai fait une formation. Puis j’ai essayé d’être intermittente en tant que comédienne, c’était très dur d’avoir le statut rien qu’en exerçant le métier de comédienne. Puis j’ai rencontré un directeur de production, producteur qui m’a tout appris. Je crois en une transmission.

L’école c’est bien mais pour moi rien ne vaut le terrain, c’est mon profil qui est comme ça.

M.V : Quelles sont les mauvaises recommandations que vous entendez dans votre profession ?

A.A : En général entre collègues qui s’apprécient et se respectent, c’est toujours des recommandations intelligentes et bienveillantes. Dans le métier, c’est pas toujours évident d’avoir des amis. La plupart des gens ne s’aiment pas parce qu’il y a de la concurrence j’imagine. Mais ils ne vous le diront pas en face. C’est tout l’art de l’hypocrisie..:-). À Paris il y a de la concurrence aussi, mais c’est différent je trouve qu’à Paris les gens ont moins le temps de se regarder.

M.V : Avez-vous un “échec favori” ?

A.A : Un échec…? en général ma mission c’est d’aller au bout et de toujours satisfaire un réalisateur. Je ne vois pas d’échec… C’est prétentieux dit comme ça mais en général je vais au bout, jusqu’à ce que je “satisfasse” un réalisateur. Ça se passe toujours bien dans l’aboutissement du travail je veux dire. Du moins si j’accepte une mission. Après, il y a certainement des personnes qui humainement ne me correspondent pas et à qui je ne corresponds pas. Ca c’est évident. Parfois, on ne connaît pas les réalisateurs, ils s’attendent à un physique sur leur scénario … d’autant que j’ai rarement des informations quand je pars en casting. Le réalisateur me dit rarement ce qu’il a en tête… on ne se connait pas, donc on va amener quelque chose… où ce n’est pas ce qu’il attendait… C’est très rare.

Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu quelqu’un de pas satisfait. Je suis très perfectionniste. Ca doit venir aussi de ma formation scientifique..:-) L’idée c’est de satisfaire un client dans son casting, c’est quand même lui proposer des personnes aussi bien en figuration qu’en rôle, pour porter son projet AU MIEUX à l’image. Une de ces personnes va vraiment amener quelque chose à son projet. Il faut savoir à un moment arrêter un casting. On pourrait toujours améliorer les choses sauf qu’à un moment on a un temps imparti, un budget, il faut aller vite tout de même.

Ce que j’aime bien dans la publicité par exemple c’est qu’on a un temps imparti très court : il faut aller vite et BAM ! Il faut livrer le meilleur !

M.V : Que faites-vous lorsque vous vous sentez dépassée lors d’un projet ? ( trop de choses à faire, financement limité … ) comment vous gérez ça ?

A.A : C’est vrai qu’on fait ce métier si on arrive à gérer la pression facilement, sinon il ne faut pas faire ce métier.

Effectivement on a la pression du producteur, la pression de la télé… du réalisateur aussi… Il y a plusieurs décideurs. C’est vrai que ce n’est pas simple, je ne suis pas certaine que ça s’apprend, j’ai vu des personnes qui m’ont assistée et qui avaient du mal à gérer la pression. Je pense qu’on est fait ou qu’on n’est pas fait pour ça.

Le casting c’est très chronophage on y passe beaucoup de temps. Y a le casting sauvage qui est très agréable. Je peux être en casting boire un café en terrasse et repérer quelqu’un. C’est un métier passion que je fais : ça s’arrête jamais ! Il faut ETRE CURIEUX.

Familialement ça peut être un peu dur parfois avec les personnes qui partagent votre vie… Je suis intermittente, je n’ai pas de bureau attitré. Parfois, je bosse de chez moi, pour moi ce n’est pas difficile de bosser de la maison. En discutant avec des amis, certains me disent qu’ils ont du mal à bosser de chez eux, qu’ils ont du mal à s’y mettre, pour moi c’est pas un souci. La pression on l’a en permanence, puis la pression de se dire est-ce que je vais y arriver ? Voilà ça c’est toujours la question. Bien évidemment, au fond, je me dis qu’il y a forcément une solution et à un moment on sent qu’on est sur la bonne piste. Toujours. Il y a des indicateurs, des gens sur lesquels vous tombez. Je vous dis qu’il n’y a pas de hasard et puis tout d’un coup vous sentez que vous tenez le fil et que vous allez arriver à la bobine… C’est en perpétuelle ébullition, mais c’est vrai que la pression elle existe. Alors, des fois le yoga ça aide… Si on a du mal à gérer la pression, surtout en publicité, quand il y a une deadline pour les rendus il faut être vraiment carré sur la deadline. Quel que soit le projet.

M.V : Quel conseil donneriez-vous à un étudiant sur le point d’entrer dans le “monde réel” ?

A.A : Le conseil que je donnerais c’est : “Si tu as envie de le faire fonce ! Teste ! Essaie ! Je comprends que tu sois dans des peurs mais tu vas voir qu’une fois que tu seras lancé, tu vas découvrir, apprivoiser, tu vas voir de suite si c’est pour toi ou pas pour toi”.

Moi si demain ma fille me dit qu’elle veut faire ça ou autre chose et qu’elle hésite je lui dirai “vas-y, teste, va faire des stages”. Quand on a envie de faire quelque chose, il faut le faire. Parce que la vie est courte et un jour ou l’autre ça vous rattrape.

M.V : Quel conseil devrait-il ignorer ?

A.A : Ce sont les gens négatifs. “Les conseilleurs ne sont pas les payeurs”.

J’ai toujours fonctionné avec ma petite voix intérieure. S’il y a un truc que je ne sens pas je n’y vais pas. C’est dur, parce que j’ai eu affaire à des projets où humainement c’était affreux, plus ça va en vieillissant, plus je refuse de travailler avec des personnes qui humainement ne sont pas sur la même longueur d’ondes que moi. J’ai besoin d’un côté humain. Travailler avec le sourire, rigoler.

Je travaille notamment avec Nicolas Eychenne, un collaborateur, pour moi c’est génial ! Parce qu’il a tout le temps le sourire il est rassurant pour les figurants, et c’est important parce que si vous avez quelqu’un qui stresse ou qui speede, ça ralentit, ça ne met pas en confiance.

Pour conclure : les choses à ignorer : ce sont les gens négatifs, il faut les fuir et être très vigilant.

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