Anaïs ALBANESE

Monteuse

On pourrait penser naïvement que le métier de monteur consiste juste à assembler des images entre elles afin de créer un film. Bien sûr le montage est bien plus profond que cela. Anaïs Albanese est assistante monteuse et monteuse, elle vous partage l’importance de ces métiers, des métiers de l’ombre, complémentaires avec le travail du réalisateur.

Maëlle VABRE : Bonjour Anaïs ALBANESE, quelle différence y-a-t-il pour vous entre le métier de monteuse et d’assistant monteuse ?

Anaïs ALBANESE : C’est une bonne question. D’après moi, il n’y a pas qu’une seule différence entre ces deux métiers, il y en a beaucoup, et je dirais même qu’il y a beaucoup de différences au sein même de chaque intitulé de poste, selon le projet. En effet, l’assistant.e monteur.se peut selon les productions, les financements et les projets, être demandé.e pour effectuer des tâches d’un panel très différent, allant du purement technique, au co-montage.

Certaines personnes font de l’assistanat un métier, qu’elles pratiquent toute leur vie, alors que pour d’autres, et traditionnellement, c’est un moyen d’apprendre, et de côtoyer le montage de très près, en vue de monter elles-mêmes. Dans mon cas, c’est plutôt la deuxième option. Ainsi j’ai l’habitude de voir l’assistanat montage comme une occasion privilégiée d’apprendre aux côtés de personnes qui montent depuis plus longtemps que moi, et qui par leurs expériences souvent très différentes des miennes vont contribuer à transmettre leur vision personnelle.

Pour revenir plus précisément à votre question, je crois que comme son nom l’indique, l’assistant.e assiste le ou la monteuse, c’est à dire l’allège le plus possible des tâches non artistiques (classement, synchronisations, exports, etc) et dans le meilleur des cas, l’aide dans la conception artistique du film en pré-montant des séquences, par exemple.

Le monteur ou la monteuse se concentre donc avec la personne qui réalise le film, sur le rythme, l’agencement des séquences, place la musique, fait des choix artistiques en accord avec le réalisateur ou la réalisatrice.

Aussi, si les différences sont indéniables entre les deux postes, j’ai plutôt envie de souligner leur caractère complémentaire, qui fait que le travail d’équipe est non seulement plus efficace, mais surtout beaucoup plus agréable et enrichissant, pour toutes les parts.

M.V :  Quel est pour vous l’aspect le plus difficile du montage ?

A.A : Il y a bien sûr plusieurs aspects difficiles dans le montage, mais avec les années, je retiendrais celui-ci : le plus délicat est d’arriver à entrer dans l’imaginaire du réalisateur ou de la réalisatrice, tout en gardant une distance et un oeil critique qui vont pouvoir donner un autre regard sur le film en train de se faire. Être lucide et arriver à saisir ce qui est de l’ordre du fantasmé d’une part, c’est à dire l’idée de départ qui n’est que dans la tête de la personne qui réalise, et d’autre part ce que nous pouvons effectivement faire avec la matière tournée, ou à tourner. Et cela, il faut le savoir assez tôt pour que les éventuelles modifications ou adaptations du scénario ou du tournage en cours, puissent se faire dans le bon sens.

Et ce pour le cas où un montage commencerait pendant le tournage, ce qui arrive somme toute fréquemment. 

Mais si ce n’était pas le cas, il arrive aussi très souvent d’avoir accès aux rushes bruts pour pouvoir les visionner, et justement se rendre compte de la matière existante. Et c’est là qu’il faut être réactive et ne pas hésiter à poser des questions du type ” pourquoi n’y a-t-il pas de gros plans, sur cette séquence ? ” ” Comment passe-t-on de telle séquence à telle autre ? ” Etc.

Et pour cela aussi, l’assistant.e peut être d’une grande aide, avec son propre regard.

M.V : Quel conseil donneriez-vous à une plus jeune version de vous-même qui débute dans le montage ?

A.A : Je donnerais les conseils que l’on m’a donnés :

– S’accrocher. Si l’on veut vraiment faire ce métier, il faut persévérer, s’intéresser, prendre les échecs comme des moyens de faire mieux et non comme des défaites irrattrapables.

– S’intéresser à quelques monteurs et monteuses dont on aime le travail, et ne pas hésiter à les contacter et leur faire des retours sur les films vus. C’est un moyen personnel et agréable de parler du métier, et d’apprendre de personnes dont on aime le point de vue, dont on se sent proche, même si ce n’est qu’en parlant. Et puis qui sait, ce sera peut-être l’occasion de les côtoyer dans le travail ?

– Et enfin toujours rester humble. Personne n’a la science infuse. Le montage est un travail de l’ombre (dans tous les sens du terme), et on apprend à chaque film. On se dépasse à chaque film. Le travail de collaboration est à chaque fois une aventure enrichissante. On peut apprendre de tout le monde, et tout le monde peut apprendre de nous.

Je trouve cela formidable dans ce métier.

Suivez Anaïs ALBANESE