Angelike RECHARD

Assistante de production

Angelike Réchard est assistante de production. En tant que telle, elle est chargée de la gestion du projet. Autrement dit, c’est elle qui met tout en œuvre afin que l’ensemble de l’équipe travaille dans de bonnes conditions, notamment en mettant l’ensemble des moyens à disposition de l’équipe de tournage et de postproduction, que ce soit pour des documentaires, films institutionnels…

Elle fait partie de l’énorme monde du « derrière la caméra », celui que l’on ne voit pas forcément au premier coup d’œil, mais qui exerce une importance capitale dans la profession.

Elle nous ouvre aujourd’hui les coulisses de son métier.

Maëlle VABRE : En quoi consiste ton métier d’assistante de production?

Angelike RECHARD : Assistante de production c’est assez différent suivant les structures dans lesquelles on travaille, puisqu’on peut avoir des assistantes de production pour des films de cinéma tout comme on peut avoir des assistantes de production pour des films audiovisuels donc en soi les missions peuvent être les mêmes d’une branche à l’autre, mais c’est quand même assez différent, par exemple sur un film de fiction la production va prendre beaucoup plus de temps que sur un petit film institutionnel qui va durer deux jours.

Après, le terme « audiovisuel » c’est déjà assez vague de base. Moi, je suis surtout dans les documentaires et les films institutionnels, donc déjà entre les deux, c’est très différent, je n’ai pas du tout les mêmes missions sur les deux domaines.

Principalement c’est vraiment les documentaires qu’on fait. On fait des films pour Canal+, pour 13e Rue, pour d’autres chaînes encore. Et moi, je suis chargée du bon déroulement du film, pour être vraiment assez large. Après un peu plus précisément, je commence à la préparation du film, donc quand le producteur à l’idée d’un film qui a une possibilité de pré-achat par une chaîne de télévision. Avec le producteur, on va créer le devis et le plan de financement prévisionnels, on va faire tout le dossier pour le projet, on va déposer les demandes de subventions dans les différents organismes, ça peut être le CNC, la PROCIREP, les régions, ça peut être pas mal de choses.

Une fois que le film a été financé, on peut l’attaquer. Donc, la partie préparation du tournage ça va être de rechercher des intervenants pour le documentaire, ça va être de rechercher des lieux pour les interviewer, rechercher des intermittents et faire toutes les déclarations de contrats des intermittents, puis les fiches de salaires. Ensuite, on prépare également des feuilles de service pour que le tournage se passe bien, donc à chaque personne, que ce soit les intervenants ou les techniciens, je leur envoie des feuilles de service différentes en leur précisant l’adresse, l’horaire, etc.

Le jour J, le but c’est de faire en sorte que tout se passe bien également, donc d’accueillir les intervenants, de vérifier que les techniciens ont bien tout leur matériel, que tout se passe très bien et après la réalisation du tournage, ça va être la partie montage. Donc moi, je survole un peu pour voir si tout se passe bien, s’il y a besoin de quelque chose. Ça peut être n’importe quoi. Et puis arrive la phase de postproduction avec l’étalonnage, le mixage, etc… de trouver des boites de postproductions, et toujours vérifier que le film tienne le bon délai, la gestion de planning et le suivi.

M.V : Tu regardes vraiment si tout se passe bien et tu es à l’écoute de tout le monde.

A.R : Exactement, c’est un métier hyper large ! C’est vraiment assez social de base, puisqu’on vérifie que pour tout le monde ça se passe bien. C’est un peu le point central qui relie toutes les personnes.

La partie de fond, c’est vraiment le suivi que le projet en lui-même se passe bien au-delà des personnes. Le suivi budgétaire, vérifier tout au long des étapes de production et de post-production qu’on ne dépasse pas le budget, ça va être la gestion du planning, justement : ” attention, là, on va être en retard, il faut speeder un petit peu ! ” il y a le suivi administratif également.

M.V : Et tu es toute seule à travailler ou tu as une équipe avec toi ?

A.R : On est une toute petite structure chez Otago Productions. Je travaille directement avec le producteur. Et dans la partie production il n’y a que le producteur et moi qui gérons tout.

M.V: Qu’as-tu fait comme études ?

A.R : J’ai fait un BTS audiovisuel en option gestion de production à Cifacom.

M. V : Depuis combien de temps fais-tu ce métier ?

A.R : Presque 3 ans en comptant mon alternance !

M.V : Quelles sont les contraintes de ce métier ?

A.R : Principalement, c’est l’organisation, parce que toutes les personnes avec qui on travaille ne sont pas forcément organisées, les artistes par exemple ont vraiment leur métier, leur vision d’artiste et ce n’est l’organisation. S’ils ne sont pas organisés, il faut qu’on fasse en sorte de les guider.

Il y a vraiment une grande partie d’organisation parce que si nous, on n’est pas organisé la production ne peut pas se dérouler correctement.

M.V : Que fais-tu lorsque tu te sens dépassée sur un projet ? Trop de choses à faire, le financement est très limité, comment arrives-tu à gérer ça ?

A.R : C’est assez rare que ça arrive, si on a un financement de base qui est assez « fragile », je vais faire en sorte de réduire toutes les dépenses dès le départ. Donc, il y a pas mal de choses qu’on ne va pas faire faire par des prestataires, par exemple, mais plutôt en interne pour réduire les coûts. Et puis, si vraiment il y a trop de projets, premièrement, je souffle un coup ! Deuxièmement, je fais une liste de tout ce qu’il y a à faire et de tout ce qui ne va pas et ensuite, je fais une réunion avec le producteur pour qu’on règle les problèmes.

Le producteur a une bonne vision que j’aime beaucoup d’ailleurs et que je pense avoir prise à force de travailler avec lui. On règle d’abord les priorités et ensuite on regarde le reste.

M.V : Quelle est la principale qualité qu’il faut avoir pour être assistante de production ?

A.R : Comme je l’ai déjà dit, il y a l’organisation. Il faut être quand même autonome. Si on n’est pas autonome, c’est assez compliqué.

Quand je suis arrivée dans la boîte au départ, j’avais une directrice de production, une supérieure, au bout d’un mois elle est partie et je me suis retrouvée toute seule, alors que je n’avais pas une réelle formation du métier dans cette entreprise-là. J’avais juste les cas d’école. Et j’ai donc appris par moi-même sur le tas.

Il y a beaucoup d’autonomie à avoir. Il ne faut pas avoir peur d’avoir aussi 7 ou 8 projets en même temps.

M.V : Sur quels critères te bases-tu pour accepter ou refuser un projet ?

A.R : Alors ça, ce n’est pas ma mission à moi, c’est celle du producteur. Contrairement aux assistantes de production qui sont intermittentes du spectacle, je ne peux pas vraiment choisir mes projets

M.V : Donc, le producteur vient te voir et te dit “j’ai ce projet-là, on y va”.

A.R : Exactement. Il va me dire : ”Voilà, il faut qu’on fasse un devis, il faut qu’on fasse tant de jours de tournage pour ce projet-là, on va tourner dans tels pays et on aura besoin de tels profils, etc.”. Donc on regarde tout ça, on fait les devis, le dossier de production et hop hop on lance la production !

M.V : Quel est le meilleur souvenir que tu as sur une production ?

A.R : Je pense, même si tout le monde s’y attend un peu, c’est vraiment les phases de tournages. Quand il y a une bonne équipe avec nous, des bons intermittents avec qui on s’entend bien et des bons intervenants. C’est vraiment génial !

Je me rappelle tout particulièrement d’un documentaire sur Roland Magdane, qui s’appelle “Roland Magdane depuis le début !” https://www.youtube.com/watch?v=ymuGBF2IibU 

Il y avait tout de suite eu un très bon feeling entre le producteur le réalisateur et moi-même. Ça s’est super bien passé.  Puis on a eu des intervenants hyper intéressants. C’était vraiment très chouette !

M.V : Tu as été directement embauchée ?  Comment as-tu fait pour trouver du contact finalement dans ce milieu-là ?

A.R : Tout se passe dans le réseau ! Ce n’est pas moi qui ai trouvé la boite de production, c’est plutôt eux qui m’ont trouvé donc j’ai eu énormément de chance.

J’ai terminé mon BTS, j’ai eu les résultats en juillet ; et en août, ils m’ont appelé en me disant “un contact à vous nous a envoyé votre CV, on veut vous prendre dès septembre”, je suis revenue de vacances j’ai passé une entrevue et ils m’ont dit “À dans une semaine”. Et j’étais leur première employée.

C’est vrai que dans ce milieu-là, c’est dur d’être embauché en CDI comme je le suis. Il n’y a quasiment que des intermittents du spectacle.

M.V : Sur combien de projets peux-tu travailler en même temps ?

A.R : Ça dépend également, ça dépend du nombre de documentaires qu’on a réussi à vendre auprès des chaînes, des nombres de projets institutionnels qu’on a en même temps parce que, comme je l’ai dit, il y a des projets institutionnels qui peuvent durer un à deux jours, vraiment c’est très court, il suffit qu’on soit dans une période où on fait le même jour trois projets d’une journée, mais que les semaines d’après on en ait qui durent sur deux mois, c’est un peu compliqué à quantifier, mais actuellement, je suis sur cinq documentaires et à côté je suis sur quatre films institutionnels.

M.V : Et tu es toute seule avec le producteur à travailler sur ces neuf projets ?

A.R : Alors non on fait l’organisation, c’est nous qui gérons toute la partie budgétaire, etc. Par exemple pour les films institutionnels, c’est beaucoup de Motion Design actuellement donc je fais le lien entre le client et le Motion designer. Je cherche quelqu’un pour faire une voix off etc… je sers complètement de passerelle en fait.

M.V : Est-ce que tu dois vraiment maîtriser tous ces métiers que tu “gères”  ?

 A.R : En fait, la question n’est pas de les maîtriser, mais de les connaître et connaître les contraintes, les conditions et ce qu’il faut mettre en œuvre pour que ça soit bien fait. Mais on ne pourrait pas maîtriser tous les métiers ce n’est pas possible. Il faut vraiment tous les connaître, parce que si on ne connaît pas les métiers, c’est très compliqué. Si on ne sait pas combien de temps il faut faire le montage et qu’on vend aux clients, deux jours de montage alors qu’il faut une semaine, c’est très mal.

M.V : Quel est ton échec favori ?

A.R : C’est compliqué comme question parce que c’est compliqué d’avoir un réel échec, on arrive quand même assez souvent à se rattraper. Là, dernièrement on a travaillé sur un film qui ne s’est pas terminé. On avait fait tout ce qu’il nous avait demandé mais le client ne nous avait pas transmis correctement la vision du film. Et donc, on a essayé de comprendre ce qu’il voulait, on a essayé de faire plusieurs versions pour se rapprocher de ce qu’il voulait, mais on n’a pas réussi à comprendre, soit on ne comprenait pas, soit il nous l’expliquait mal. Et il a fini par nous dire “on arrête là” et il nous a payé, mais je pense qu’il a pris une autre société pour réessayer de faire un film dans leur vision, et je ne sais pas si elle a réussi.

Là ce sont les particularités du film institutionnel, en documentaire il y a moins ce problème là puisque c’est nous qui avons nos projets. Mais quand on nous donne un projet à faire et qu’on ne comprend pas ce qu’ils veulent, c’est assez compliqué.

Après un échec de ma part, je cherche. Parce que des fois je fais des bêtises, mais ça ne me marque pas puisque je les rectifie à chaque fois.

Oui, c’est compliqué d’avoir un réel échec. Un réel échec ce serait que la sociétécoule parce qu’on a fait une grosse bêtise ou qu’on n’a pas maîtrisé les budgets.

M.V: Tu te vois ou dans dix ans ? Toujours assistante de production, productrice ? Qu’aimerais-tu faire par la suite ?

A.R : Dans dix ans c’est quand même assez court pour être productrice, mais j’espère qu’au moins je serai chargée de production d’ici quelques années, d’ici un an ! Et que peut être dans 10 ans, je serai directrice de production.

M.V : Dans ta propre boîte de production ?

A. R : Moi, j’aimerais beaucoup dans cette boîte-là, mon objectif depuis toujours c’est d’avoir ma propre structure, ma propre boite de production et comme je suis arrivée quasiment au début de la création de cette boîte, je m’entends très bien avec le producteur, on travaille super bien ensemble, et donc même si ce pas légalement ma boîte, je l’entends un peu comme si c’était ma boite. Si la boîte ne va pas bien, moi aussi je ne vais pas bien.

M.V: Que dirais-tu à l’ancienne Angelike, qui travaille sur son avenir ? Tu lui dirais quoi maintenant ?

A.R : Qu’il faut arrêter de se poser 36.000 questions et qu’il faut agir.

Mais c’est assez compliqué dans ce milieu-là parce que c’est un peu la roulette russe.

Simplement qu’il faut vraiment faire ce qu’on aime, il faut persévérer, il faut aller jusqu’au bout. Il ne faut pas hésiter à rencontrer des gens, à se créer un réseau. Parce que le réseau c’est très important dans ce milieu-là.

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