Anne-Sophie VERSNAEYEN

Compositrice de musique de films

Anne-Sophie VERSNAEYEN est une compositrice de musique de films, métier où les femmes représentent uniquement 6% des créations.

Elle a orchestré des musiques de films comme : “Belle et Sebastien” de Nicolas VANIER, “Un Illustre Inconnu” de Matthieu DELAPORTE… 

En 2011, elle signe la composition de son premier long métrage : “Requiem pour une tueuse” de Jérôme LE GRIS, avec Mélanie LAURENT. 

Aujourd’hui, elle signe la bande originale du dernier film de Nicolas BEDOS : “La belle époque”, actuellement au cinéma. 

Venez découvrir l’interview de Anne-Sophie VERSNAEYEN qui nous parle de son métier avec passion et humilité !

Maëlle VABRE : En quoi consiste votre métier de compositrice de film ?

Anne-Sophie VERSNAEYEN : La composition consiste à trouver et créer la musique qui correspond au mieux à l’esprit du film, à son univers. Il s’agit d’écrire une musique sur-mesure pour un film.

M.V : Depuis combien de temps composez-vous des musiques de films ?

A-S.V : Cela fait maintenant dix ans que je compose pour le cinéma.

M.V : Quel est votre parcours, les études que vous avez faites ?

A-S.V : J’ai commencé à étudier l’alto à 6 ans. Au conservatoire, j’ai étudié l’écriture musicale, l’histoire de la musique et l’analyse.

J’ai ensuite intégré le CNSMDP – Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris au sein de la formation supérieur des métiers du son.

J’y ai pu étudier  des matières plus musicales : l’arrangement, l’écriture, l’orchestration, l’histoire de la musique , mais aussi des matières plus techniques comme le mixage, les techniques d’enregistrements et la direction artistique.

M.V : Comment êtes-vous arrivée à faire des musiques de films “

A-S.V : En 2009, j’ai rencontré le compositeur Armand AMAR ( “Le Concert”, “Va, vis et deviens”, “Amen”,…), il cherchait quelqu’un pour faire des arrangements, des orchestrations. On a commencé ainsi à travailler ensemble. J’ai d’abord débuté  dans le monde de la musique de films en orchestrant des musiques de compositeurs comme Armand AMAR mais aussi Alexandre DESPLAT, Jérome ROBOTIER etc …qui m’ont permis de me lancer dans ce milieu

M.V : Quel est le meilleur investissement que vous ayez fait ? Cela peut être en temps, argent, énergie, matériel…

A-S.V : Ce qui me sert énormément dans mon activité, c’est le fait de pouvoir enregistrer (car je joue de l’alto) en « home studio ». Le fait d’avoir cet instrument me permet d’avoir quelque chose d’assez unique.

Dès le stade des maquettes, je peux mélanger les samples avec les altos  enregistrés ce qui permet  de leur donner plus de vie.

M.V : Quels sont les outils mis à votre disposition avant de composer une musique de film ?

A-S.V : Cela dépend de chaque projet. Cela peut commencer par un scénario, un film déjà monté, ou en cours de montage…

M.V : Je suis allée voir le film « La belle époque », et je me suis demandée combien de temps vous aviez pu mettre pour composer la musique du film… Et combien ça prenait de temps en moyenne ?

A-S.V : Ce n’est pas évident de répondre. La musique de film peut être écrite très rapidement, tout comme être long et difficile.

Trouver la bonne musique n’est pas toujours instantané. Le film “La belle époque” était un intermédiaire. J’avais rapidement trouvé une couleur générale, bien que certaines scènes aient posé plus de difficultés. Mais c’est quand même un travail qui s’étend sur plusieurs mois !

M.V : Combien êtes-vous à travailler sur la composition ?

A-S.V : Le compositeur travaille seul, il écrit la musique, la compose et la crée. Pour “La Belle Epoque” j’ai travaillé avec Nicolas BEDOS, mais en général je travaille toute seule sur les compositions.

M.V : Avez-vous un échec favori ?

A-S.V : Je pense qu’il y a peut-être des projets que j’aurais pu faire et que je n’ai pas fait.

Je pars toujours du principe que lorsqu’un projet ne nous arrive pas, c’est qu’il n’était pas pour nous. Les choses qui ne se font pas ont une bonne raison.

Je suis une optimiste. Cela ne vaut pas le coup de s’attarder sur un échec.

Par exemple, ne pas faire un projet permet souvent de dégager du temps pour autre chose.

M.V : Qu’est-ce que vous aimeriez voir de nouveau dans votre métier ?

A-S.V : Il y a un aspect assez difficile… Aujourd’hui, dans les musiques, le compositeur est très jugé sur la qualité de ses maquettes, et je trouve que cela pourrait être appréciable d’avoir plus de confiance.

En effet, la musique prend vraiment forme lors de l’enregistrement. Parfois, on aimerait bien aller dans des directions qu’on ne s’autorise pas, car on sait que c’est difficile à faire apprécier lors de la maquette. Aujourd’hui on veut entendre la musique avant même qu’elle existe !

M.V : Quel est le meilleur souvenir que vous gardez sur un film ?

A-S.V : Ce que je préfère c’est l’enregistrement. Après avoir travaillé des mois toute seule, sans réel échange avec autrui, et que vous écoutez les dix ou cinquante musiciens qui jouent votre musique, ce sont des moments très intenses. De plus, j’ai enregistré dans de beaux studios ce qui rend le moment encore plus plaisant.

M.V : Est-ce vous qui choisissez les réalisateurs avec qui vous travaillez, ou bien ce sont eux qui vous contactent ?

A-S.V : Souvent, on commence à travailler avec quelqu’un, une confiance s’installe ce qui permet de faire d’autres projets ensemble. Dans d’autres cas c’est parce qu’il y a eu un film, un réalisateur a aimé une BO, une musique.

M.V : Vous aimez travailler sur quel style de films ?

A-S.V : Spontanément j’irais plus sur le film à émotions ou d’aventure, comme un drame ou encore une comédie dramatique.

Les comédies sont un genre assez difficile, et je trouve que c’est un challenge d’avoir une musique originale vraiment intéressante. Mais je dois dire que chaque style de film à son charme.

M.V : Quel est le conseil que vous donneriez à une personne qui est sur le point de rentrer dans le monde réel du métier ?

A-S.V : Je dirais qu’il faut être confiant et garder foi en ses capacités. C’est un métier difficile. Je pense qu’il ne faut pas s’en tenir uniquement à la composition.

Les projets pour des arrangements ou de l’orchestration ne sont pas à refuser car cela permet de faire des rencontres, de mettre un pied dans le métier. C’est aussi une manière d’avoir plusieurs cordes à son arc, de gagner plus d’expérience. Il ne faut jamais hésiter à multiplier les expériences.

Site internet : https://www.asversnaeyen.com/