Armance DURIX

Cheffe opératrice son

Souvenez-vous, Les Femmes De l’Image a été partenaire de la première édition du prix de la meilleure cheffe de poste sur un film français présenté au festival de Cannes.

Un prix mis en place par la CST (La Commission Supérieure Technique de l’Image et du Son)

Ce prix a été décerné à Armance Durix cheffe opératrice son sur le premier film de Noémie Merlant : “Mi lubita, mon amour”. J’ai eu le plaisir d’être invitée à la remise du prix en mains propres à Paris.

C’était l’occasion parfaite de m’entretenir avec Armance et connaître l’envers du décor de son poste sur ce projet fou !

Maëlle  : On est ici à Paris pour la remise du prix de la meilleure cheffe de poste sur un film français présenté au festival de Cannes. Tu as travaillé sur “Mi lubita, mon amour” de Noémie Merlant. Tu es cheffe opératrice son. Et moi, j’aimerais connaitre un peu ton parcours, je suis un peu curieuse. Comment tu en es arrivée à travailler sur ce film ?

Armance : Noémie, elle m’a contactée quand j’étais en première année à l’INSAS à Bruxelles. Et donc, pour revenir un peu en arrière dans mon parcours, après mon bac en France je ne savais pas du tout ce que je voulais faire mais j’aimais bien le cinéma et la musique, donc je suis allée dans un BTS audio-visuel en option son. 

Et là, j’ai découvert la prise de son diverse et variée, radio, télé, ciné, la postprod, un peu le tournage. J’aimais bien les tournages. Donc après mon BTS, j’ai fait des stages. J’ai fait un stage de série, un stage sur un long métrage. Et puis, je suis partie en documentaire de deux mois avec une amie, on a monté un projet. 

Et voilà. Après ça, je me sentais un peu jeune quand même pour commencer à bosser, j’avais 21 ans. Donc j’ai tenté une autre école, l’INSAS, qui était plus axée cinéma, documentaire. En fait, à la fin de ma première année, une personne en déco d’un de mes stages a filé mon nom, le bouche à oreille a fait son travail et il y a Noémie Merlant qui me demande si je suis intéressée parce qu’elle cherche une cheffe op son. 

Elle cherchait quelqu’un un peu jeune qui avait de l’expérience, qui aimait bien voyager, qui était un peu roots, qui avait de l’expérience mais pas trop pour accepter quand même un projet à la base bénévole. C’est elle qui a autofinancé tout le tournage. 

Et moi, quand elle commence à me dire ça, je suis hyper excitée, je trouve ça trop bien. Et en même temps, est-ce que je suis à la hauteur ? Toutes les questions. Et en même temps, le contact s’est bien passé, elle m’a dit que, elle aussi, c’était son premier long.

M.V : C’était ton premier gros projet.

Armance : Oui, oui. Surtout en cheffe de poste. Parce que j’avais fait un long métrage mais j’ai été stagiaire, 2ème perche. Mais là, c’était mon premier gros projet. J’étais là, « OK ». Puis, c’était un long métrage en 13 jours, donc c’était vraiment rapide.

M.V : Ah ouais !

Armance : Ouais, ouais.

M.V : Et comment ça s’est passé la préparation de ce film  ? En tant que cheffe de poste, comment on se prépare à ça ?

Armance : Ça a été d’abord pas mal de discussions avec Noémie qui m’explique son projet, qui me dit est-ce que ça le fait si je suis toute seule au son, qu’il y a Evgenia, la cheffe op, qui était déjà arrivée sur le projet, qui va être toute seule à l’image aussi. 

Donc je commence à comprendre que c’est une petite équipe. Elle m’explique que les comédiennes, c’est sa bande d’amies et tout ça. Après, elle m’envoie des versions de scénarios. Moi je lis, je fais des dépouillements de son. 

Donc j’imagine « OK, dans cette scène, de quoi j’aurai besoin dans mon matériel ? Qu’est-ce qui va pouvoir poser problème ? À quoi il faut faire attention ? Si on est extérieur, qu’est-ce qui peut poser problème ? S’il y a 8 comédiens qui parlent autour d’une table, sachant que je suis toute seule, il faut que mon matériel puisse m’aider, pas non plus m’handicaper ». Et toute la prépa, c’est ça. On commence à faire des devis avec des boites de location, relire toutes les versions de scénario. Il n’y a pas eu énormément de préparations sur ce film parce qu’on est vite partis. Et puis, j’étais toute seule, on devait voyager en voiture, il fallait avoir des petites affaires. Et c’était écrit mais ça allait être beaucoup d’improvisations. Donc je pouvais me préparer à l’impro. C’était un peu ça que j’ai fait. Parce que d’habitude, on va faire des visites techniques, donc on va repérer les lieux, on va dire « OK, appréhender les lieux pour savoir qu’est-ce qui peut poser problème, qu’est-ce qu’il faut prévoir ». Et tout ça, on n’avait rien du tout. Donc c’était vraiment se préparer à l’impro. 

M.V : Ça a été quoi la contrainte que tu as pu rencontrer sur ce tournage ?

Armance : La contrainte, c’était, je pense quand même, d’être toute seule.

J’avais la mixette en sacoche, et puis après je perchais, je me suis vraiment concentrée sur la perche. Mais des fois, c’était un peu dur d’être toute seule parce que j’allais équiper toutes les comédiennes et les comédiens de micro HF. Je l’ai planqué sous les costumes, pour avoir de la sécurité, parce que j’étais toute seule à la perche, comme c’était beaucoup d’impros. Mais la difficulté des fois, c’était vraiment d’être toute seule parce que ça va un peu chuchoter, puis, en un coup, elles se mettent à crier, il y a de la dynamique, on passe des niveaux bas aux niveaux forts. Et alors, de temps en temps, juste physiquement, j’essayais de tenir ma perche et de baisser le gain. 

Donc c’est fatigant puisque je me retrouve avec un casque toute la journée à percher en sacoche. La contrainte, c’était vraiment d’être toute seule. Et puis après, la contrainte commune qu’on a trouvée, c’était un projet très ambitieux pour très peu de temps de tournage, beaucoup de séquences à tourner par jour et beaucoup d’impros. Donc on était une équipe avec Evgenia qui a fait l’image du film, on se retrouvait bien épuisées en fin de journée.

M.V : C’est combien d’heures à peu près de tournage ?

Armance : Par jour ?

M.V : Ouais.

Armance : Je n’en ai aucune idée. 

M.V : Tu sais à quelle heure tu commences mais tu ne sais pas quand tu finis.

Armance : Ouais, ouais. Non, on n’a jamais calculé nos heures, bien sûr. Et on a fait beaucoup de nuits beaucoup de mix, mais ça je n’ai aucune idée des heures qu’on a fait. Mais on dormait, on mangeait, puis on allait tourner. 

M.V : C’est une expérience assez folle quand même.

Armance : Ouais. On dormait dans les décors du tournage. Toute la maison, c’est la maison des Covaci, on dormait dedans. Donc c’était assez rigolo.

M.V : Donc toi, tu es présente à la prépa, il y avait très peu de prépa, pendant le tournage et la post-production ensuite ?

Armance : Non. Moi je ne suis pas du tout dans la postprod. J’en ai fait un peu à l’école mais montage son, mixage, bruitage, mastering et tout ça, je ne suis pas du tout dedans. Et c’est des personnes très professionnelles qui ont fait ça. Et au vu aussi de ma prise de son, il fallait des pros qui sachent bien gérer un montage son parce que je ne pouvais pas mixer, comme j’étais toujours en train de percher, je ne pouvais rien préparer. Donc il y avait quand même une grosse couche de travail à récupérer ma matière et ensuite à l’homogénéiser. Donc ça, c’est vraiment d’autres personnes en studio qui se sont occupé de ça.

M.V : C’est quoi le meilleur souvenir que tu gardes sur ce projet ?

Armance : Il y en a pas mal. Un des vraiment chouettes souvenirs, c’est quand on allait tourner dans le village des Covaci, et vraiment on s’est baladé, Noémie et les comédiennes qui avaient une place assez importante aussi dans l’écriture, dans la mise en scène et qui donnaient leur avis avec Noémie. On s’est baladé et vraiment « OK, là on va faire cette scène », « oh là j’ai envie de pisser », « OK, on fait une scène où on pisse ». Et vraiment, Evgenia, elle se baladait avec la caméra. Moi j’avais mon matos son. Et dès qu’il y avait une idée, on se mettait à tourner. Et vraiment, c’était des chouettes moments, que de l’impro où on s’est baladé autour d’un ruisseau comme ça. Mais il faisait super chaud, je me souviens. Mais on s’est bien marré. Et puis, il y a quelques scènes de ce moment-là qui sont dans le film, bien sûr il n’y a pas tout mais c’était un des bons moments dont je me souviens, vraiment de complicité entre tout le monde, que ce soit nous dans l’équipe ou bien les comédiens et comédiennes.

M.V : Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?

Armance : Pour la suite, j’ai envie de continuer à faire des films avec des chouettes équipes de mise en scène, caméra, aux jeux. Moi, ce qui me tient à cœur, c’est vraiment bosser avec des chouettes personnes et sur des projets, du coup, qui en découlent qui sont chouettes, pas forcément des grosses usines à gaz mais les projets qui sortent des sentiers battus, ça me plait bien.

M.V : Merci beaucoup, Armance.

——

Voir l’entrevue vidéo sur Instagram https://www.instagram.com/lesfemmesdelimage/?hl=fr