Chloé ASTIER

Infographiste 3D

Je me suis toujours demandée, qui se cache derrière les films d’animation ? Combien de personnes travaillent sur une scène ? Comment sont réparties les tâches ? Quels sont les métiers ?

Chloé ASTIER, a eu la gentillesse de répondre à mes questions. 

Jeune infographiste 3D, Chloé travaille au sein du studio d’animation “DWARF”.

La mission de Chloé consiste à mettre en couleur des objets, des murs, des voitures… pour la prochaine série d’animation “Monstres & Cie(sortie 2020).

Le métier d’infographiste 3D rejoint plusieurs métiers : venez découvrir celui du surfacing. Un  métier artistique peu connu du grand public ! 

Maëlle VABRE : En quoi consiste ton métier d’Infographiste 3D ?

Chloé ASTIER : C’est très simple. Il s’agit de mettre en couleur des éléments créés en 3D au préalable via les logiciels adaptés. Je me charge de la couleur, des ombres, ainsi que des textures, pour donner un rendu final.

M.V : Sur quel type de projet travailles-tu en ce moment ?

C.A : En ce moment, je suis mobilisée sur la série d’animation « Monstres & Cie. ». La société qui m’emploie est en partenariat avec Disney qui nous mandate pour
l’assister dans la production de cette série.

Nous sommes chargés de fabriquer toute la série, de A à Z, en prenant en charge tout ce qui touche de près ou de loin à la dimension 3D du film.

M.V : Quel est ton parcours, les études que tu as faites ?

C.A : Je suis diplômée d’une école qui s’appelait autrefois “Supinfocom”, qui a
beaucoup évolué et s’appelle aujourd’hui “RUBIKA”. (Ce n’est pas que le nom qui a changé mais aussi toute la pédagogie, car c’est 3 écoles qui ont fusionné
ensemble). 

C’est un établissement réputé pour son cursus dans l’animation et le cinéma d’animation. L’école a vraiment tout ce qu’il faut pour former un futur salarié. Les cours sont concrets et accompagnés d’expériences réelles de production, ce qui nous permet de maîtriser des bases solides professionnelles qui se révèlent décisives lors de notre passage de l’école au monde du travail. Honnêtement, grâce à ce cursus j’ai pu m’adapter très rapidement, ce qui m’a permis de trouver une place dans une boîte sans trop de difficulté.

M.V : Et question contrats, est-tu amenée à changer d’entreprise ?

C.A : De manière générale, tu es forcément amenée à changer d’entreprise. 90 % des contrats que tu décroches sont avec l’intermittence du spectacle, ce qui donne de la facilité aux projets courts. Parfois, il y a des gros travaux s’étalant sur une année ou deux, à l’instar de celui auquel je participe actuellement. Mais dans le cas présent, c’est parce que l’on travaille pour Disney, et que l’on est beaucoup de personnes mobilisées.

En 2018 j’avais également entrepris un projet à Paris, un long métrage, qui m’a pris un an.

Cependant, j’ai des collègues qui travaillent en publicité, et les projets sont beaucoup plus courts.

Tu peux par exemple avoir un contrat de trois jours dans une entreprise, puis une semaine dans une autre, et c’est parfois difficile de gérer. Globalement, plus ou moins toutes les personnes travaillant dans la profession ont un contrat d’intermittent.

M.V : Le statut d’intermittent est nécessaire ?

C.A : C’est ce qui est le plus recherché par les entreprises. C’est avantageux puisqu’il n’y a pas toujours du travail. Parfois, il y a des creux entre deux projets.

Donc il existe un système de congés spectacle, une somme qui nous est reversée pour remplacer les congés payés, cotisée par les intermittents.

Et même si l’entreprise ferme périodiquement, tu n’es pas rémunérée. Ce contrat suit un régime spécial. 

M.V : Combien de temps prend une modélisation, la mise en couleur, lorsque vous travaillez sur des séries ou des longs métrages ? Tu es la seule à t’en charger, ou tu es accompagnée d’une équipe ?

C.A : Je ne travaille pas toute seule, rassure-toi. Dans mon équipe actuelle, nous sommes 11 personnes, et nous ne prenons en charge que les couleurs, ainsi que les textures des objets.

Du côté de l’animation, ils sont environ 30, ce qui est une très grosse équipe finalement. Actuellement, je produis un objet tous les deux ou trois jours environ.

M.V : Un objet tous les trois jours, est-ce un ratio acceptable dans ta profession ?

C.A : C’est très variable à vrai dire. Tout dépend de l’objet en question. Si on prend par exemple une pièce. Il y a les murs, le sol, bref, cela prend beaucoup de temps.

De l’autre côté, s’il faut juste texturer un bureau, c’est du travail rapide. Je vais te révéler une chose : en général, on pense que le travail par ordinateur (et donc la 3D), c’est rapide, tout du moins, c’est ce que j’entends souvent, mais ce n’est pas le cas. Quelle que soit la manière dont on travaille, c’est une grosse mobilisation. C’est exactement la même chose qu’un film qui serait fait d’une autre manière plus traditionnelle, sauf qu’on travaille derrière un écran.

Mais finalement, même avec une tablette et une souris, cela prend du temps.

M.V : Combien de temps travail-tu pour produire un épisode d’une série de vingt minutes, par exemple ?

C.A : Tout d’abord, il y a un travail préparatoire, qui durera six mois, ou un an. Un épisode seul, on est censés le faire en deux mois.

Je pense notamment à un projet scolaire, un film de fin d’études à réaliser. Cinq minutes en 3D totale, donc tout en images de synthèse, et ce film nous a pris un an et demi, en temps plein, à six personnes. C’est un travail colossal et vraiment chronophage que de faire un film en images de synthèse.

M.V : Quels sont les outils mis à ta disposition avant de commencer un projet ?

C.A : Je vais prendre mon projet actuel en exemple. Lorsque je dois me mettre à travailler, je reçois des dessins, des concepts de Disney, qui sont produits en interne chez eux. Notre job à nous, c’est de faire la transition entre leur projet en 2D et le rendu final en 3D que vous trouverez sur vos écrans.

On peut aussi avoir des images, ou même le story-board de l’épisode quand il est prêt. Par exemple, si l’on me dit de modéliser une voiture et de la texturer, on me fournit un dessin avec la couleur générale, en me laissant le libre choix des détails, comme salir les roues.

C’est un travail de peintre, mais par ordinateur.

M.V : Donc ton employeur te laisse la liberté artistique ?

C.A : Dans le choix, oui. Je peux me permettre d’ajouter des choses, et quand cela part en révision c’est validé ou non.

Disney a le mot final sur mon travail, étant donné qu’il est le mandataire du projet.

M.V : Quelle est la qualité principale d’un infographiste 3D ?

C.A : La créativité. Mon métier est un métier artistique. Il faut s’y connaître un peu, et donc avoir un côté technique également. Les études sont difficiles, et les logiciels de modélisation complexes à prendre en main.

L’infographie, c’est conjuguer une fibre artistique et une polyvalence technique. Un gros plus pour le profil d’un salarié est de savoir prendre des initiatives, et surtout de pousser au maximum ce qui peut l’être.

M.V : Qu’est-ce qui t’a donné envie d’être infographiste 3D ?

C.A : Ma réponse te semblera ironique, mais justement, « Monstres & Cie. » a été une révélation pour moi. Si tu te souviens, Jacques Sullivan, le gros monstre bleu, est finalement très réaliste. C’était le premier film dans lequel on pouvait constater une fourrure aussi réaliste. J’étais vraiment impressionnée. J’ai finalement reconnu le travail de Pixar comme de la qualité en regardant leurs films, mais j’étais loin de m’imaginer que c’était un véritable métier que de faire des films, que c’était vraiment fait par des humains, comme toi et moi.

Au départ, c’était ma sœur qui s’y était intéressée. Elle a traîné sur des forums, et m’a fait part de ses découvertes.

Finalement, la découverte de nouvelles technologies, et aussi le côté artistique, ça m’a motivé. J’aime beaucoup l’art et l’inconnu. Il y avait tant de choses nouvelles à envisager, cela faisait résonner quelque chose en moi. Et je t’avoue ne pas avoir été déçue. J’ai plongé dans un monde intéressant et méconnu, et je ne regrette pas de connaître comment telle chose est faite, d’où telle chose provient…

M.V : Quels est ton meilleurs souvenirs sur un projet ?

C.A : Je n’ai pas beaucoup de productions à mon actif à vrai dire. J’ai fait deux stages, et mon expérience actuelle est ma quatrième. Cependant, je peux dire que le meilleur instant, c’est lorsqu’un projet est terminé, et que tu peux le voir au cinéma, ou sur YouTube.

Imagine un peu, à la fin de mes études. Notre film est produit, nous avons mis un an et demi à le faire. Nous avons sué, pleuré, fait des efforts, et on a enfin le fruit de notre travail sous nos yeux. C’est à la fois très difficile de le regarder sans avoir un œil d’autocritique, puisque ce n’est pas du divertissement pour nous, mais l’aboutissement de notre travail, mais finalement, on ressent un sentiment de fierté énorme quand on voit nos couleurs et nos lumières sur l’écran. Actuellement, mon film de fin d’études, c’est mon meilleur souvenir.

M.V : Quel conseil donnerais-tu à une personne qui est sur le point de rentrer dans le métier ?

C.A : Les études sont capitales. Il faut vraiment connaître ce que l’on va produire. Il y a des tas de branches différentes dans le métier. Savoir exactement ce que l’on préfère produire est capital.

J’ai déjà vu des employés arriver sur une production et finalement ne pas savoir. Il faut mettre à profit ses études pour déterminer ce que l’on aime, et pousser la créativité.

Il ne faut pas hésiter à produire ses propres projets pendant ses études, car après on travaille pour des clients, avec certaines contraintes à respecter. Nous sommes moins libres d’action.

Enfin, je conseille d’essayer de visiter le plus d’entreprise possibles, même hors de France. Les projets sont souvent courts et présents à l’international, donc c’est enrichissant. Par exemple, je suis allée à Stockholm, puis au Luxembourg, deux très bonnes opportunités que je ne regrette pas. Se servir de son travail pour voyager et faire des rencontres enrichissantes, c’est aussi quelque chose que j’aime.