Clara BOISARD

Surfacing artist

Clara Boisard est surfacing artist. Elle ajoute de la texture et de la couleur aux personnages, environnements et accessoires 3D.

Son travail consiste à apporter du réalisme à une image. Cette étape, bien que l’on ait tendance à l’oublier, n’en reste pas moins très importante, car elle permet aux spectateurs de voir sur nos écrans une image proche de la réalité.

Clara nous ouvre les portes de son métier de surfacing artist et nous parle de l’importance du travail d’équipe.

Maëlle VABRE : En quoi consiste ton métier de surfarcing artist ?

Clara BOISARD : Mon travail est de créer de la texture et de la matière sur les objets 3D qui sont créés en amont.

M.V : Sur quel projet travailles-tu en ce moment ?

C.B : Je travaille sur de la publicité de luxe à “Fix Studio”. J’ai aussi travaillé sur du long métrage ou de la série d’animation.

M.V : Qu’as-tu fait comme études ?

C.B : J’ai commencé par une licence de cinéma et d’audiovisuel à Montpellier.
Là-bas, il y avait une option 3D que j’ai prise à raison de 2 heures par semaine.

Puis il y avait une université publique et gratuite à Paris, à laquelle j’ai postulé. C’était très sélectif. Il y avait d’abord une entrevue où 20 % des élèves étaient sélectionnés, puis un tiers étaient définitivement choisis en classe.

J’ai eu la chance d’être sélectionnée là-bas, cela s’appelle “ATI” (Arts et Technologies de l’Image), à l’université Paris 8, qui est basée à Saint-Denis. C’est une des seules Université qui fait de la 3D.

M.V : Combien d’années d’études as-tu faites ?

C.B : J’ai fait 5 années après mon bac. J’ai fait une licence, puis un master où nous devions réaliser un mémoire.

M.V : Depuis combien de temps fait-tu de la 3D chez “Fix Studio” ?

C.B : Cela fait 1 an et demi que je travaille dans la 3D et je suis à “Fix Studio” que depuis septembre dernier.

M.V : Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire ce métier ?

C.B : C’est une très bonne question.

J’étais initialement très intéressée par le cinéma. Certaines choses me frustraient dans ce domaine, telles que le côté aléatoire de la discipline, c’est-à-dire les aléas du tournage, entre autres. Lorsque j’ai découvert la 3D, cela m’a permis de me rendre compte qu’il y avait un total contrôle de l’image.

J’ai réalisé qu’on était capable de créer une belle image, qui était proche du réel.

C’est ce côté-là de « contrôle » total, sur l’image, sur la couleur, qui m’a fortement intéressée. D’où mon intérêt sur la 3D.

M.V : En ce moment, tu travailles sur une publicité, depuis combien de temps ?

C.B : Je travaille dessus depuis 3 mois.

M.V : Combien êtes-vous à travailler sur ce projet, dans ta spécialisation ?

C.B : Nous sommes 3.

M.V : Par rapport à ton métier de Surfarcing artist, tu me disais que cela consistait à modeler et à créer de l’image… ?

C.B : Ce n’est pas du modelage. Il y a plusieurs étapes qui interviennent avant mon métier. La première est le design du produit, du personnage que l’on veut créer, donc en 2D.

Ensuite, on passe par une phase que l’on appelle le modeling, dans laquelle le produit va être créé en 3D. Ensuite, on lui rajoute de la couleur et de la matière, c’est-à-dire la peau pour les visages, les tissus pour les vêtements, etc.

Cette dernière étape s’appelle le surfacing, et joue sur le réalisme d’une image. On a tendance à l’oublier lorsqu’on parle de 3D alors que c’est très important..

En publicité, on nous demande souvent de faire des choses très réalistes, mais on se retrouve parfois à avoir des équipes très réduites. Je me suis par exemple plusieurs fois retrouvée seule, c’est donc compliqué de remplir les demandes. Quand on rajoute la pression et les clients, c’est difficile à gérer. Les gens ne se rendent pas compte à quel point c’est un travail à part entière.

En surfacing, on créé des masses de texture. Je me charge donc de toutes les couleurs et les matières.

Je me charge donc de toutes les couleurs et les matières.

M.V : Avant de te lancer dans un projet, quels sont les outils mis à ta disposition ?

C.B : On a tout ce qu’il faut : le story-board, l’information du style, toutes les planches de dessins et de design ; tout ce qui touche à l’image, à la couleur et à la texture. On peut aussi avoir des planches de référence.

M.V : Tu disais avoir travaillé sur des publicités, des films d’animation, et des séries ?

C.B : J’ai travailler près d’un an sur “Team Dronix” qui passe sur France 4 en ce moment le samedi matin.

J’ai aussi fait un trailer pour “Ghost Recon”, j‘ai travaillé sur le dernier film “Croc Blanc” : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=248271.html

J’ai fait plusieurs petites pubs comme celle de Noël pour le restaurant américain “Applebees”, qui vient de sortir.

M.V : Combien de temps te faut-il pour faire ton travail, pour un épisode de 3 minutes par exemple ?

C.B : Cela dépend si tout est en 3D ou bien juste une partie. En général, on fait la première version, puis le retour corrigé de celle-ci. On ajoute ensuite les différents allers-retours avec le superviseur et les clients, entre autres.

Alors cela peut prendre des semaines voire des mois, indépendamment de la texture que l’on va te demander. Ensuite, quelque chose qui est dans un style cartoon n’aura pas la même demande que quelque chose qui est réaliste.

M.V : Sur quels critères te bases-tu pour accepter un projet ?

C.B : Je me base sur le feeling, mais cela m’a déjà joué des tours. Disons que cela dépend plus de l’ambiance de l’équipe que du projet en lui-même. C’est un travail qui peut être très stressant, car il y a beaucoup d’argent en jeu.

Les gens comptent sur toi, on a parfois des corrections à faire en moins d’une heure. C’est pire en publicité qu’en film d’animation, alors le fait d’être dans un bon environnement de travail est primordial, bien plus que le projet en lui-même.

Si le projet terminé n’est pas très beau, tu te diras que c’est dommage par contre, si tu fais quelque chose de magnifique mais que l’ambiance n’est pas bonne, tu ne pourras pas travailler dans de bonnes conditions. C’est du boulot d’équipe, car on doit constamment faire des ponts entre le modeling, le rendu de l’image, le lighting, etc.

On fait plein d’allers-retours dans ces départements-là, d’où l’importance de la bonne entente collective, sous peine de mener un projet à sa perte.

J’ai déjà eu l’expérience d’être seule sur un projet et c’est beaucoup de pression.

J’avais de l’expérience sur ce projet, mais je reste une juniore dans l’industrie, alors on n’écoute pas forcément ce que je dis.

Étant donné qu’il n’y a pas d’équipe, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même si les choses ne sont pas rendues à l’heure. J’étais contente d’avoir travaillé sur ce projet, mais je voulais absolument partir du studio, car je savais que moralement, j’allais faire un burn out. Sur un mois, ça va, mais s’il avait fallu faire ça pendant un an, j’aurais craqué, alors je suis partie.

Maintenant, je considère toujours l’équipe avant le projet.

M.V : Quel est le meilleur investissement que tu aies fait dans ton métier, que ce soit en termes d’argent, d’énergie, de matériel, ou de temps ?

C.B : Le plus important, c’est l’investissement de temps. Tout d’abord car c’est un métier d’artiste, donc il y a toujours moyen de s’améliorer et de s’entraîner, mais aussi car c’est un métier qui est basés sur les nouvelles technologies, et qui a des techniques et des procédés qui évoluent tous les jours.

Il faut savoir se mettre à jour et ne pas se laisser dépasser par la modernité. C’est donc un gros travail personnel à fournir en dehors du studio, pour rester “dans le coup”.

C’est quelques choses d’ important mais que moi-même je n’arrive pas toujours à faire.

Cela m’a déjà fait passer à côté de beaucoup de choses, mais je ne me plains pas, car je fais ce qu’il me plait.

M.V : Tu travailles sur des projets différents, mais sur quelle spécificité aimerais-tu te projeter ?

C.B : J’ai toujours aimé la publicité, c’était un de mes rêves, d’autant plus que je travaille actuellement pour de la publicité de luxe, ce qui veut dire qu’il y plus d’argent, et donc des qualités d’image supérieures.

Donc peu importe le temps et l’argent que tu y mets, quand tu vois que ton travail a été récompensé par une superbe image, cela compense tout.

Je trouve qu’on est très privilégié dans ce métier, car le rendu final t’apporte du bonheur, tu es fier de ce que tu as fait.

M.V : Combien de femmes pensez-vous être dans ce milieu ?

C.B : Très peu en 3D. Mais dans le métier de surfacing artist, je trouve que nous sommes beaucoup de femmes. C’est très féminisé. Lorsque je travaillais pour la série “Team Dronix” de France Télévision, nous étions 5 femmes sur une équipe de 6 surfacing artist. C’est la première fois que je voyais un taux aussi élevé, car c’est généralement très masculin.

Mais j’ai l’impression que le surfacing est le département le plus féminisé.

M.V : Qu’aimerais-tu voir de nouveau dans ton métier ?

C.B : Par rapport à la question d’avant, je pense que l’on n’a pas assouvi le nombre de femmes.

Dans les écoles, ce sont souvent les garçons qui rentrent dans les écoles de 3D. Sinon, ce qui me dérange dans le milieu, c’est que les femmes doivent davantage faire leurs preuves. On ne va pas t’écouter tout de suite, on va attendre que tu prouves ce que tu vaux avant de prendre ta parole au sérieux.

Il ne faut pas généraliser, mais j’ai déjà eu ce genre de problèmes, d’autant plus que je suis jeune. Je pense donc que les gens devraient plus s’ouvrir, faire davantage confiance aux filles, surtout aux jeunes qui sont pleines d’idées.

Ce qui est bien, c’est que les métiers de la production sont très féminisés. Parfois, ça fait plaisir d’avoir quelqu’un sur qui te reposer lorsque tu as des situations qui ne sont pas très bonnes.

M.V : Qu’est-ce que tu dirais à l’ancienne Clara, qui travaille pour arriver dans ce métier ?

C.B : Je lui dirais de tenir bon, car cela ne va pas être facile tous les jours. Il va y avoir des moments où ça va être dur moralement.

Ces études sont importantes, je suis passée à côté de plein de choses, mais ce n’est que du bénéfice pour la suite, la récompense est belle.

M.V : Le conseil que tu donnerais à une personne qui est sur le point de rentrer dans ce milieu- là ?

C.B : Je lui dirais de savoir où elle met les pieds, c’est-à-dire dans un milieu avec des gens formidables, et qui est très enrichissant culturellement parlant. Mais que c’est un métier qui prend énormément de temps, dans lequel il faut s’investir.

On a de la chance d’être là, mais c’est un travail difficile. Ce n’est pas une passion, c’est un travail avec contraintes. Mais je pense que si cela t’intéresse, il ne faut pas avoir peur du statut, ne pas avoir peur de réussir. Il faut foncer, car c’est enrichissant.

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