Hortense BAILLY

Monteuse son / Monteuse parole

Saviez-vous qu’il y avait des monteurs paroles sur les films ? 

Pour ma part j’ai découvert ce métier lorsque j’ai interviewé Hortense BAILLY, qui m’a fait part de cette profession qu’elle pratiquait en même temps que celle de monteuse son.

Hortense a travaillé au côté de Jacques Audiard, Luc Besson, Dany Boon…

Venez découvrir ce métier technique raconté par une passionnée.

 Maëlle VABRE : En quoi consiste votre métier de monteuse son ?

Hortense BAILLY : Le métier de monteur son consiste à mettre du son sur des images, mais aussi et surtout à traduire ce que veut le réalisateur en terme d’atmosphère sonore. Si on prend pour exemple les séquences dialoguées, après le montage image, il n’y a que très peu de sons venant du tournage mis à part les voix.

Le principal objectif de l’ingénieur de son dans un film est d’enregistrer la voix des comédiens, en limitant au maximum tous les sons parasites qui pourraient nuire à leur qualité.

M.V : Pour ma part, monteuse son est un métier que je ne connaissais pas du tout, que j’ai découvert un mois auparavant. Naïvement, je pensais que le montage son était fait par l’ingénieur son.

H.B : C’est un métier assez récent qui a une petite trentaine d’années je dirais. 

Avant c’était souvent l’assistant monteur image qui montait des sons additionnels, suivant les demandes du monteur image et du réalisateur.

Sur pellicule on ne pouvait pas vraiment s’étendre en nombre de sons. Alors que maintenant, on a des logiciels qui nous permettent d’aller très loin dans la création du son. C’est devenu un vrai métier, très technique : on peut nettoyer des sons, en superposer énormément, ajouter des effets sonores…

 M.V : Sur quels types de projets tu travailles en tant que monteuse son ?

H.B : Tu vas peut être découvrir un autre métier, car je suis monteuse son et monteuse paroles, je fais les deux. 

J’ai commencé en alternant assistanat en montage son montage et montage paroles.

Maintenant je fais beaucoup de montage paroles et du montage son en co-montage, sur des courts métrages ou des plus petits projets pour l’instant.

Quant aux projets, ils sont toujours très différents. C’est très hétéroclite, c’est ça que j’adore, c’est que je passe d’un film de science-fiction à un western en passant par une comédie.

J’ai eu la chance de travailler quasiment qu’en long métrage. J’ai fait quelques courts métrages, un téléfilm et deux épisodes de séries au tout début.

Mais j’ai hâte de refaire de la série, il y en a tellement d’intéressantes et de très bonnes qualités en ce moment.

M.V : Depuis combien de temps fais-tu ce métier ?

H.B : Ça fait 10 ans à peu près. Avant j’étais recorder dans un studio de mixage cinéma. Le mixage est l’étape après le montage son. Le mixeur prend les musiques, les bruits, les montages son et paroles, puis les mélange. 

Par exemple, il fait en sorte que lorsqu’un personnage parle, on le comprenne, même si il y a de la musique derrière, il finalise le son du film. 

Après deux ans en studio à vraiment découvrir les différents métiers du son au cinéma et à rencontrer beaucoup de monde, j’ai décidé de me lancer dans le montage son.

M.V : As-tu fait des études ?

H.B : J’ai fait un BTS audiovisuel option son, et ensuite j’ai fait un master image et son à Brest spécialité son à l’image.

M.V : Quel est le meilleur investissement que tu aies fait ?

H.B : Je crois que c’est le temps et l’énergie que j’ai mis dans mon travail quand je me suis lancée en tant qu’intermittente dans le montage son, le temps que j’ai passé pour me former toute seule et progresser rapidement.

J’ai ainsi pu avoir très vite des projets très intéressants à faire. On apprend vite lorsqu’il faut prouver que l’on est capable de faire les choses correctement.

M.V : Ce sont les boites de production qui te contactent, ou c’est eux qui le font ?

H.B : Au début, c’était des mixeurs ou des monteurs son qui m’appelaient pour être assistante ou monteuse paroles. Puis au fur à mesure, ça a été aussi des réalisateurs et des productions.

M.V : Comment as-tu fait pour développer ton réseau dans ce milieu ?

H.B : Surtout par le bouche-à-oreille, les rencontres et le travail. Grâce à mon ancien poste d’assistante en studio, j’avais pu rencontrer beaucoup de monde et prouver que je pouvais apprendre rapidement et que l’on pouvait avoir confiance en moi.

Ensuite certains m’ont rappelée, il trouver que je savais m’investir, que j’étais capable de progresser.

Puis si ça se passe bien, ces personnes te recommandent, te rappellent…

M.V : Tu es présente sur les tournages ?

H.B : Non pas du tout. J’aime bien ne pas avoir l’historique du tournage.

M.V : Cela t’influence ?

H.B : Je pense que c’est mieux que le monteur son ne soit pas sur le tournage, qu’il n’en ait pas l’affect.

Quelqu’un du plateau peut se dire que telle ou telle prise est ratée parce que, peut-être que sur le tournage cela s’est mal passé pour des raisons techniques ou autre, alors que dans ta salle, tu vas la trouver au contraire géniale pour une autre raison , car tu n’es pas influencé par ce qu’il s’est passé.

Il en est de même pour le monteur image je pense. En tout cas, pour ma part, je préfère avoir un regard neuf, une oreille neuve. 

M.V : Je reviens sur le montage parole, en quoi cela consiste ?

H.B : C’est complémentaire du montage son. Sur un film, il y a souvent au moins deux monteurs sons, dont un qui est souvent un monteur paroles, tandis que l’autre n’est que sur le montage son. Après cela dépend évidemment du film, certains monteurs font les deux, des fois il y a quatre monteurs son…

Le monteur paroles récupère les sons qui ont été montés au montage image et qui viennent du tournage. C’est-à-dire, déjà toutes les voix, et il fait en sorte qu’elles soient compréhensibles, que l’on comprenne tout. 

Il vérifie également que tous les sons des différents plans s’enchaînent de façon cohérente, afin d’avoir l’impression que la scène se passe en un seul temps, alors que ce n’est pas le cas lors du tournage, les plans sont tournés à différents moments, sur différentes journées.

Le monteur paroles essaye d’enlever le maximum de son ambiant pour que ce soit le plus calme possible derrière les voix, pour que le monteur son soit le plus libre possible des sons qu’il va mettre en ambiance.

Si jamais les paroles ne sont pas très compréhensibles, on va chercher dans d’autres prises le même mot par exemple pour le remplacer, et cela ne se voit pas et ne s’entend pas. 

Si jamais on ne trouve pas de meilleure prise au son, on demande au comédien de venir réenregistrer la voix et on l’intègre dans le montage.

C’est de la dentelle pour améliorer au maximum le son des voix, parfois en une seule phrase, on a plusieurs prises pour avoir le son parfait comme le réalisateur le veut, avec le meilleur jeu, la meilleure compréhension, le meilleur son…

M.V : Combien de temps travailles-tu sur un film en tant que monteuse ? Tu peux faire monteuse son et parole en même temps ?

H.B : Oui, certains le font, mais moi je ne l’ai jamais fait, car je trouve que c’est mieux qu’on soit deux à travailler sur le film, on se complète, on s’inspire.

Le montage paroles en général, c’est cinq semaines, mais cela dépend des films ; si ça parle beaucoup ou non, si l’ingénieur du son a eu des conditions difficiles au tournage etc… Ça varie, mais en général, je demande cinq semaines minimum.

Tandis que pour le montage son, c’est plus long, environ huit semaines. Mais ça dépend aussi, il y a des films qui demandent six mois rien que pour le son.

Donc toutes ces durées dépendent vraiment des films.

M.V : Quel est le meilleur souvenir que tu gardes d’un film ?

H.B : Je dirais le montage son d’un court métrage qui s’appelle ” Be Be Be “, parce que c’était une rencontre avec une réalisatrice qui était très sensible au son.

Quand tu arrives à pouvoir échanger autant sur le son, à chercher à toucher surtout l’émotion, le ressenti, les sensations… ça devient un super échange artistique, et un super souvenir.

Sinon j’ai eu la chance de travailler avec des réalisateurs et des techniciens très différents, avec qui j’ai très souvent eu de bons souvenirs de cinéma, ce sont toujours de super échanges, c’est top.

M.V : Les réalisateurs qui travaillent sur le film sont présents sur la post-prod ? Par exemple Jacques Audiard, le réalisateur ?

H.B : Oui, il vient de temps en temps, que ce soit en montage paroles ou montage son. On lui montre où on en est, on lui fait une projection, on lui propose des choses et on en discute ensuite, de ce qu’il aime, de ce qu’il aime moins et de ce qu’il veut. Il vient aussi aux enregistrements additionnels des voix des comédiens où il est très présent. On se retrouve également tous en mixage, où on affine les derniers points tous ensemble.

Un super souvenir aussi, c’est de voir Jacques Audiard diriger des comédiens.

M.V : Quelle est la principale qualité à avoir pour être monteur son et monteur parole ?

H.B : Il y a un côté technique, mais qui n’est pas très important, donc je pense qu’il faut savoir comprendre ce que veut le réalisateur. Donc savoir écouter, et traduire en son ce qu’il demande.

Un montage image ne va pas être interprété de la même façon avec deux sons différents. Je pense que le son c’est beaucoup de ressenti, c’est créer des émotions, des sensations.

M.V : Qu’aimerais-tu voir de nouveau dans ton métier ? Cela peut être dans les films, la technique, les conditions de travail…

H.B : Sur les conditions de travail, ça serait bien qu’on nous laisse plus de temps pour créer. Des fois, on n’a vraiment pas assez de temps, il y a déjà un travail technique qui doit être fait, si on nous laisse trop peu de temps, c’est souvent le coté artistique qui est sacrifié. 

Sinon, j’aimerais bien qu’il y ait plus de films grands publics un peu plus fous sur le son, avec le son qui propose lui même sa narration, j’aimerais bien que plus de réalisateurs et plus de productions soient demandeurs de cela.

M.V : Quel est ton échec favori ? Cela peut être un projet auquel tu as travaillé qui n’a jamais vu le jour, qui t’a déçue, mais permis de revenir plus grande avec plus d’envie.

H.B : D’avoir fait un film que je n’aurais pas dû accepter pour des questions humaines ou des conditions de travail. Je me suis dit qu’il ne fallait pas accepter des conditions comme ça, qui vont dans le sens de la médiocrité. 

Cela m’a fait prendre conscience, donc c’est un échec qui m’a fait grandir.

M.V : Quel est le conseil que tu donnerais à une personne qui est sur le point de rentrer dans le monde réel du métier ?

H.B : De ne pas écouter lorsque l’on te dit que tu ne vas pas y arriver, car c’est ce qu’on me disait toujours au début.

Mais c’est certain qu’il faut travailler pour progresser. Quand tu démarres, il faut tout le temps prouver que tu sais faire les choses, plus qu’un autre, donc il faut travailler, pour faire le mieux possible. Et accepter beaucoup de choses, même des toutes petites missions, car cela te permet de rencontrer des personnes qui pourront te rappeler ensuite.

Donc le conseil serait ça, d’y aller, travailler et ne pas écouter ceux qui te découragent.