Lilia BELAKHDAR

Graphiste designer

Lilia est Designer graphiqueelle travaille pour des chaines télé principalement.

Son travail consiste à mettre en visuel les propos des journalistes lors de la présentation d’un sujet, afin que nous, spectateurs puissions comprendre plus facilement les informations transmises.

“C’est un métier mystérieux. C’est pour cela que j’aimerais bien me battre pour que les gens le comprennent mieux.” voici une partie de l’interview de Lilia BELAKHDAR. Une phrase qui je pense reflète l’incompréhension du métier de graphiste designer.

Lilia a eu la gentillesse et l’humilité de nous ouvrir les portes de la dure réalité de ce métier.

Maëlle VABRE : En quoi consiste ton métier de graphiste designer ?

Lilia BELAKHDAR : En télé, cela concerne à tout ce qui va toucher à l’audiovisuel, principalement des animations. Par exemple, un journaliste va faire son sujet et moi, je vais le mettre en visuel pour que la personne qui regarde arrive à comprendre très rapidement et que cela habille l’émission pour que ce ne soit pas ennuyeux à regarder. 

L’objectif est de schématiser, d’illustrer les propos des journalistes, dans le but de le rendre l’émission attractive et mieux faire passer l’information.

Sinon le métier de designer graphique est très large on peut travailler dans l’imprimerie, la communication quelle soit digitale ou non. Le web, le jeu vidéo…

M.V : Quelles sont les études que tu as faites pour venir travailler à la télé

L.B : J’ai passé un bac L et après ça j’ai pris une année sabbatique, car j’avais peur d’aller à la fac et de me retrouver dans un cursus qui ne me plaisait pas. Donc j’ai travaillé durant cette année, afin de réfléchir à ce que j’allais faire. Et c’est là que j’ai décidé de me lancer dans le graphisme parce que j’ai un esprit créatif et une bonne mémoire visuelle. “Je me suis dit pourquoi pas ?”. J’ai fini par me dire que le graphisme pouvait être intéressant et j’ai fait toutes mes études en alternances. Puis la télévision, c’est de la chance, c’est dû à une suite de hasard, qui a fait que j’en suis arrivée là.

M.V : Dans ton métier, quel fut ton meilleur investissement ? Cela peut être en temps, énergie, matériel…

L.B : L’énergie ! L’alternance, c’est difficile. C’est beaucoup d’efforts ! Même si maintenant, il y a des choses que j’arrive à faire rapidement, c’est vraiment l’énergie et le temps que l’on met à s’appliquer qui font la différence. 

Je ne suis pas un bon soldat, j’ai un esprit créatif et les créatifs pensent différemment selon moi. Et je crois que justement, on ne peut pas être un bon créatif si on est un bon petit soldat. On doit sortir du lot et faire la différence

M.V  Pour quelles chaînes travailles-tu ?

L.B : Je bosse principalement pour les chaînes du groupe Next Radio TV. Mais il m’arrive de travailler de temps en temps pour des émissions sur LCI ou bien C8.

M.V : Comment ce passe le travail avec les autres collaborateurs ? Est-ce qu’il y a des difficultés rencontré ?

L.B : Ouice qui est intéressant, c’est que notre métier est incompris. Les gens ne comprennent pas ce que l’on fait… Les personnes qui travaillent en collaboration avec nous ne comprennent pas non plus, comme les personnes travaillant au marketing par exemple… Et du coup, quand on travaille avec des journalistes, il y a une grosse incompréhension aussi.

Parfois, cela peut poser quelques soucis sur le plan relationnel au travail. En effet, les gens pensent : que l’on appuie sur un bouton et que tout est prêt. C’est la partie énervante de notre métier… Alors que si on réussit à faire les choses rapidement, c’est parce qu’on a beaucoup bossé !

C’est un métier mystérieux. C’est pour cela que j’aimerais bien me battre pour que les gens le comprennent mieux. Quand on est freelance et qu’on nous paye à peine en pensant que l’on fait juste du coloriage, non  ! 

Pour une émission de news, où j’ai eu l’occasion de travaillé, j’ai dû rester avec les journalistes lors de la réunion de rédaction, voir leurs sujets puis les imager, mettre en avant les éléments importants bien sûr en voyant tout ça avec le journaliste.  J’ai dû faire en sorte que ce soit lisible, compréhensible et rythmé, car ce n’était pas du tout joué par la régie : c’est moi qui timait les infographies pour qu’elles arrivent pile au bon moment ! Sinon en temps normal je n’ai pas besoin de le faire, c’est un truquiste en régie qui s’en occupe.

M.V : C’est une sorte de chorégraphie ?

L.B : Oui ! C’est une émission, on a beaucoup de choses à faire, même si on ne s’en rend pas compte quand l’émission passe en direct à la télé. C’est vraiment très long comme travail ! Cela ne revient pas qu’à à coller un bonhomme sur une infographie… 

Dommage que les conditions ne soit pas homologuées pour les graphistes.

M.V : Vous avez des répétitions avant l’émission ?

L.B : Non ! Car c’est du direct ! Eh oui ! Le présentateur arrive à 17h, l’émission commence à 18h. Il fait une réunion à 17h25 et dis ce qu’il ne veut pas avoir, et ce qu’il veut garder. Les journalistes changent leurs phrases mais nous, nous devons changer les infographies, et cela met plus de temps ! Donc c’est le bazar, alors qu’il y a tellement de solutions pour régler ça… ! 

Nous sommes vraiment pas mis en avant… Heureusement que ce n’est pas organiser partout de la même façon, il y a des chaînes et des émissions où l’on peut souffler un peu.

M.V : Comment ça se passe quand on vous demande de changer tes infographies au dernier moment ? Est-ce que ça arrive souvent ?

L.B : Oui, parfois je dois modifier, parfois recréer. Ensuite, je donne à la régie… mais c’est toujours juste. On ne dirait pas, quand on regarde l’émission, mais c’est très stressant.

J’ai l’impression que c’est identique chez les cadreurs, monteurs ou les photographes. J’ai tendance à penser que les gens ne comprennent pas, et se disent que l’on n’a pas besoin d’être payé pour ça. On n’est pas pris au sérieux alors que ça devrait l’être ! Cela demande de la rigueur, de la concentration, de la culture de l’image, une éducation… Je pense que ce métier est très incompris, peu importe le secteur, que ce soit l’audiovisuel, le web, etc.. 

Le problème est similaire partout.

M.V : Qu’est-ce que tu aimerais voir de nouveau dans ton métier ?

L.B : Je dirais le rapport humain, davantage de reconnaissance. J’ai vu des gens très talentueux qui étaient malheureux à cause de ça. 

Les gens ne nous considèrent pas, et cela fait mal… Moi, je suis encore jeune, alors je me demande si je suis capable de tenir jusqu’à 40/50 ans comme ça ! Mais c’est pareil pour tous les métiers de l’image. Il faudrait que les gens qui ne sont pas dans ce secteur comprennent notre travail et le respecte. Donc je dirais que c’est avant tout un travail humain qu’il y a à faire.

Ma théorie est que lorsque tu fais des métiers qui nécessitent de l’intellect tu es plus introverti. Tandis que les métiers qui demande plus de compétences sociales sont plus extravertis.

Et ces gens, se mettent au-dessus des graphistes, alors qu’ils ne sont pas hiérarchiquement au dessus de nous… Ils veulent montrer qu’ils ont du pouvoir sur nous en te faisant modifier des détails, etc…

ll faut qu’on s’affirme davantage pour avoir plus de reconnaissance..

M.V : Quel est ton meilleur souvenir sur un projet ?

L.B : Le meilleur souvenir en télé c’est pendant une matinale à BFM paris ou j’ai fait un photo montage du présentateur pour illustrer un sujet et il ne s’attendait pas du tout à ça et du coup il était surpris en direct et la réaction était très drôle. 

M.V : Qu’est ce que tu aimes le plus dans ton métier ?

L.B : Utiliser l’humour le plus possible dans mon travail, faire rire, c’est quelque chose que j’adore faire autant dans la vie perso que dans la vie pro.

Dans mon travail quand c’est possible, je rajoutes des références drôle ou j’essaie de faire un visuel qui fait sourire les gens. Que ce soit dans les news par moment où bien dans l’association Panic!Cinema dans laquelle je suis, où j’ai détourné des logos de productions américaines en mettant le visage d’un collectif de YouTubeurs (CHROMA) avec qui on était en partenariat pendant 3 ans. Ou même dans les métiers de la communication… partout où je peux travailler il faut que je réussisse à faire sourire les gens.

M.V : Quel est ton échec favori ?

L.B : Drôle de question ! Haha ! C’est vrai que les échecs sont des diplômes on apprend beaucoup de chose comme ça.

Je pense que mes échec sont plutôt sur le plan relationnel. Je sais que ça m’est souvent arriver d’être trop franche et moins diplomate en disant clairement que l’idée de mon supérieur hiérarchique était vraiment nulle… et j’expliquais même pourquoi ! Mais en réalité… faut être plus diplomate et avoir plus de self control.

Ca paraît évident quand on y pense mais bon je pensais au bien de l’entreprise et non à l’ego de la personne en face de moi *oups*