Marie Cyrklewski 

Environment Artist

On est tous éblouis par l’univers des jeux vidéo !

Les univers dans les jeux vidéo, films d’animations, blockbusters… sont créés par des Environment Artist ! Ils créer où embellit un environement qui n’existe pas en 2D ou en 3D.

Un métier complexe et artistique que je suis heureuse de vous présenter.

Marie Cyrklewski fait partie de ces artistes qui savent nous scotcher derrière nos écrans.

Venez découvrir l’envers du décor du métier d’Environment Artist !

Maëlle VABRE : En quoi consiste ton métier d’Environment artist ?

Marie Cyrklewski : Mon métier consiste à donner l’illusion d’un environnement qui de base n’existe pas ou qui doit être embellit, en 2D ou en 3D, dans une publicité, un film ou un court métrage.

M.V : Sur quel(s) projet(s) travailles-tu en ce moment ?

M.C : En ce moment je travaille sur un trailer de jeux vidéo.

M.V : Tu travailles dans un studio ?

M.C : Oui.

M.V : Combien êtes-vous à travailler sur ce film dans ton département ?

M.C : Pour l’instant il s’agit d’un petit projet, mais cela varie énormément.

Il faut savoir que je suis intermittente du spectacle donc régulièrement je change d’entreprise, je change de projet et je ne travaille donc pas forcément toujours avec les mêmes personnes.

J’ai déjà fait des projets où nous étions une trentaine, mais sur mon projet actuel nous sommes une dizaine.

Sur d’autres projets il peut y avoir 200 à 300 personnes lorsqu’il s’agit d’un gros film par exemple, mais je n’en ai jamais fait.

M.V :  Qu’as-tu fait comme études ?

M.C : J’ai fait trois années d’études et j’ai passé une licence en VFX.

J’ai effectué une classe préparatoire artistique de remise à niveau en dessin puis je me suis spécialisée dans les effets spéciaux donc les VFX.

M.V : Depuis combien de temps exerces-tu ce métier en dehors de tes études ?

M.C  : J’exerce ce métier depuis bientôt deux ans et demi.

M.V :  Comment choisis-tu les projets sur lesquels tu travailles ? As-tu une préférence (jeux vidéo, films, etc.) ?

M.C  Au début évidemment j’ai accepté les premiers boulots qu’on m’a proposés en sortie d’école.

J’ai commencé par la publicité par exemple, il s’agit d’un domaine où il faut travailler rapidement parce que l’on a peu de budget. Et moins de temps de travail. Je n’ai jamais travaillait sur un long métrage, mais forcément il faut plus de temps et il s’agit généralement d’une plus grosse équipe.

Pour l’instant je travaille dans le trailer de jeux vidéo et je trouve que cela est très agréable parce que l’on a généralement à la fois du temps et du budget, ce qui nous permet de faire de belles images. De plus, les productions sont variées que ce soit artistiquement ou bien scénaristiquement.

Ce qui est génial aussi c’est que selon le type de projet, que ce soit pour un film réaliste, un trailer de jeux vidéo fantastiques ou bien un film de type cartoon, cela demande un travail complètement différent. Ainsi, en réalité on ne s’ennuie jamais.

M.V :  A titre d’exemple, combien de temps te faudrait-il pour recréer une forêt dans un jeu vidéo ?

M.C : Cela dépend. Imaginons que nous ayons un petit budget, dans ce cas nous travaillerons certainement en 2D et demi en utilisant une technique de Matte painting (montage photo 2D) projeté sur des plaques 3D en post- production donnant l’illusion de 3D (d’où le nom 2D et demi). En effet la 2D coûte moins chère généralement car il faut moins de personnes et moins de logiciels. En partant du principe qu’il s’agisse d’un « shot » court cela pourrait prendre une semaine.

En revanche, si nous souhaitons faire un « shot » en 3D avec une caméra en mouvement, il faudra modéliser, shader, texturer, créer tout un environnement, rendre la 3D puis venir assembler tout cela en post-production, cela demande plus de temps plus de logiciels et plus de graphistes donc le temps de travail sera certainement plus long. Là, je pense que cela peut prendre deux à trois semaines.

M.V : Faut-il réellement être doué en dessin pour recréer des lieux ?

M.C : Je dirais que c’est quand même important.

Savoir dessiner c’est avant tout savoir regarder, savoir analyser et avoir petit à petit aiguisé son œil à ce qui peut être beau, avoir une idée de la composition de l’image, etc.

Ce n’est pas juste le fait de savoir bien dessiner ou reproduire quelque chose à l’identique, c’est plutôt de pouvoir imaginer par la suite et recréer quelque chose à ma façon. Je pense qu’il faut prendre tout cela en compte pour faire un métier qui reste assez technique mais c’est aussi très artistique.

M.V : Quels sont les outils mis à ta disposition pour travailler ?

M.C  : J’ai différents logiciels 3D. Actuellement je travaille sur 3DSMax, sur Nuke et bien évidemment Photoshop par exemple pour en citer quelques-uns.

J’ai également une tablette graphique…

M.V : Comment cela se passe-t-il dans le monde du jeu vidéo, reçois-tu un storyboard ou un scénario avant de créer un univers ?

M.C : Je ne suis que graphiste si je puis dire, c’est-à-dire que je vais tout faire pour enjoliver au maximum l’image, en fonction des informations et instructions que je reçois en amont.

On me donne des informations pour créer cette image, on peut m’avoir donné des images de référence ou un storyboard, on peut m’avoir fait une planche avec des couleurs clés ou autre.

Évidemment tout ce que je vais fournir va être montré soit au client soit à mon supérieur, qui eux me donnerons des idées afin que l’on se rapproche le plus possible de la demande.

M.V : Comment vous répartissez-vous les tâches au sein de ton équipe ?

M.C : Généralement et en fonction du projet, l’équipe est composée de plusieurs graphistes avec différents points forts et spécialités.

Il faut savoir que comme dans d’autres milieux du cinéma il a des juniors, des middles et des seniors en fonction de leurs années de travail. Ainsi, un sénior aura forcément plus de responsabilités et donc un travail plus compliqué qu’un junior. On peut donc organiser le travail en fonction de cela.

En plus d’avoir une forte dose de travail, c’est généralement un sénior qui sera en charge de la gestion des équipes. Il redistribue les tâches en fonction du retard et avances et des tâches à effectuer.

M.V : Sur quels critères te bases-tu pour choisir un projet ?

M.C : Je me rends de plus en plus compte que l’équipe est un facteur très important. Vu que ce sont des métiers qui peuvent parfois être dans le rush, avoir une équipe avec laquelle on s’entend bien c’est quand même très agréable.

J’apprécie aussi que le réalisateur, c’est-à-dire la personne qui donne les retours, puisse donner de bons retours, agréables et qui donne envie de faire des re-takes.

De manière globale je suis intéressée par tout, donc je pense que je n’ai jamais refusé un projet pour des raisons très précises autre que le manque de temps ou le fait que ce soit à l’étranger par exemple. Dans ce milieu il y a beaucoup de demande à l’étranger, notamment à Montréal, à Londres.

M.V : Comment gères-tu la pression et le stress ?

M.C : Comme je le disais l’équipe c’est très important. Il suffit que mon supérieur me rassure, me dise ce qu’il reste à faire et combien de temps il nous reste et voilà cela me déstresse de savoir que la personne qui est au-dessus de moi me dise que tout va bien se passer.

M.V : Selon toi, quelle est la principale qualité à avoir pour être Environment artist ?

M.C : Je pense qu’il faut être passionné !

Il y a tellement de choses à apprendre tous les jours que je pense que si on n’est pas vraiment passionné ou intéressé on peut vite s’en lasser ou perdre le nord parce qu’il y a trop de nouvelles choses tout le temps.

M.V : Quel est le film ou quelles sont les personnes qui t’ont donné envie de faire ce métier ?

M.C : Le film Melancholia de Lars Von Trier a été comme une claque visuelle. Je me suis demandé comment cela avait été fait. Je me suis donc renseignée afin de savoir comment cela était possible.

Avant de faire de la 3D je ne faisais que de la 2D, je peignais beaucoup de digital. Puis les projets réalisés à l’école m’ont mené à faire de la 3D à inclure dans ma 2D. Petit à petit cela m’a mené au « matte painting » et par la suite à l’environnement 3D.

J’ai fait trois ans d’études sachant qu’il est possible d’en faire cinq ou même de ne pas en faire du tout si on apprend en autodidacte, mais il faut être véritablement motivé. Néanmoins, je pense que c’est mieux d’être dans une structure surtout lorsque l’on est jeune.

M.V : Quel âge as-tu ?

M.C : J’ai 23 ans.

M.V : Je discutais avec une surfacing artist qui me disait qu’elle aimerait voir plus des films d’animation pour adultes. Qu’en penses-tu ?

M.C : Il est vrai que les films ciblent souvent les enfants, mais je trouve quand même qu’il y en a un petit peu plus au fur et à mesure.

Il faut savoir que malheureusement le budget n’est pas forcément débloqué pour ce genre de films ce qui est dommage. D’ailleurs, petite pub pour le film « J’ai perdu mon corps » qui est actuellement au cinéma, il est clairement pour adultes et est vraiment bien. J’espère qu’il va permettre de débloquer des fonds pour ce genre de film.

M.V : Quel est ton échec favori ?

M.C : C’est compliqué comme question !

Je pense que tout le monde doit dire la même chose, mais j’aime bien ne pas réussir quelque chose durant  la journée et que cela me trotte dans la tête le soir quand je rentre. Je fais des recherches de mon côté et le lendemain je retourne au travail et là ça marche. C’est si satisfaisant !

Du coup c’est un échec parce que cela me turlupine toute la journée, je ne suis pas bien et cela me stresse un petit peu, mais le lendemain je réussis à trouver la solution.

Sur le côté technique par exemple, où je dois placer un arbre à un endroit précis sans y arriver parce que mon rendu 3D ne me permet pas de le faire. Je ne sais pas comment régler cette situation sur le moment, mais le lendemain j’ai une idée.

M.V : Peux-tu passer d’un département à un autre ?

M.C : Oui, car je fais également de la 2D. Cela implique que je peux par exemple participer à la pré-production, sur du concept art ou du matte painting.

D’autres personnes font de l’animation 3D et font également du Rig 3D (qui consiste à créer le squelette d’un personnage ou d’un objet afin de pouvoir l’animer par la suite en 3D). Et puis il y a aussi des gens qui maîtrisent tout !

M.V : Pourrais-tu travailler sur des blockbusters ?

M.C : Je pense que je pourrais oui. Mais généralement ce genre de film se fait à l’étranger plus qu’à Paris donc cela implique de partir. Si un jour j’en ai envie cela serait possible, mais cela implique de nombreux changements assez importants dans mon quotidien.

M.V : Quel est le meilleur investissement que tu aies fait dans ton métier ?

M.C : Passer beaucoup de temps à dessiner, regarder des films, écrire des histoires, cela a ouvert et développé mon imagination et me permet de comprendre plus facilement le point de vue des autres personnes, des projets.

C’est beaucoup de temps de travail qui finisse par payer.

M.V : Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton métier ?

M.C : J’aime la découverte et l’excitation d’un nouveau projet et la réflexion et l’organisation “pré” projet, c’est un moment très agréable car on est reboosté par la nouveauté et l’envie de bien faire.

M.V : Quel est ton meilleur souvenir sur un projet ?

M.C : Mon meilleur souvenir a été la fin de mon tout premier projet et la fierté qui accompagnait ce moment ! Après révision de celui-ci, il a vieilli et n’est plus aussi beau que dans mes souvenirs, mais je reste nostalgique de cette première étape qui m’a beaucoup marqué.

M.V : C’est quoi la suite pour toi ?

M.C : J’apprécie beaucoup la boîte dans laquelle je travaille actuellement, j’aimerais continuer à travailler avec eux sur de nouveaux trailers !

M.V : Quel conseil donnerais-tu à quelqu’un qui s’apprête à rentrer dans ce milieu ?

M.C : Je lui conseillerais de toujours s’intéresser aux nouveaux logiciels, de se renseigner, de regarder plein de films, de ne pas hésiter à poser des questions et « Show must go on » !