Marie NEDJAR

Voix-Off

 

Journaliste, chroniqueuse, animatrice TV, comédienne, blogueuse pour “Fille de paname” et voix-off, Marie a plusieurs cordes à son arc. Aujourd’hui nous allons nous intéresser à son métier de voix-off.

Naïvement nous pouvons croire qu’il est nécessaire d’avoir une belle voix pour faire le métier de voix-off, or, c’est bien plus complexe que ça !

Marie prête sa voix pour “Hop Air France” depuis 2015, elle a été la voix de l’émission “Décod’Actu” sur France Info et France Télévision et participe également à plusieurs séries documentaires tel que “Murder Mountain” sur NETFLIX et j’en passe…

Venez découvrir Marie Nedjar, passionnée par son métier, qui nous ouvre les portes d’un métier technique peu connu du grand public.

Maëlle VABRE : En quoi consiste votre métier de voix-off ?

Marie NEDJAR :  Il consiste à répondre à des demandes de voix, que ce soit pour des publicités, des documentaires, de la Voice-over, des films institutionnels (c’est-à-dire interne à l’entreprise). C’est donc répondre à des besoins de voix pour de l’audio ou des vidéos.

M.V : Depuis combien de temps faites-vous ce métier ?

M.N : J’exerce ce métier depuis un peu plus de sept ans.

M.V : Quel a été votre parcours pour devenir voix-off ?

M.N : J’ai une formation de comédienne au cours Florent et j’ai également fait une faculté d’art option théâtre. J’ai fait différents stages en tant que comédienne, j’ai
commencé au théâtre, puis j’ai joué dans des courts métrages ou à la télévision.

De fil en aiguille, j’ai fait une formation de voix off qui m’a beaucoup plu. Je n’en ai pas tout de suite fait mon métier car j’étais davantage une comédienne « incarnée ».

J’ai par la suite obtenu mon diplôme de journaliste et j’ai fait des voix pour des reportages entre autres. Cela m’a tout naturellement donné envie de faire de la voix-off de façon plus professionnelle et c’est là que j’ai commencé à postuler dans ce domaine.

M.V : Êtes-vous indépendante ou êtes-vous rattachée à une agence ?

M.N : Il y a plusieurs agences de voix et plusieurs productions donc oui je suis indépendante : je travaille dans plusieurs studios. J’ai mon studio et je travaille également pour des studios à l’extérieur.

Selon les clients et selon les productions on m’appelle et je travaille depuis chez moi dans mon home-studio professionnel ou alors je me déplace en studio selon les projets, notamment pour la voice-over…

M.V : Quels sont vos critères pour accepter un projet ?

M.N : Pour ce qui est de l’institutionnel, on ne parle pas tellement d’artistique donc en général on nous fait des demandes que nous acceptons si le tarif est correct. Évidemment après il y a des choses que l’on peut refuser selon notre éthique… Pour ma part, je refuse de prêter ma voix pour de la publicité pour des cigarettes par exemple, ou encore je ne veux pas être rattachée à un groupe politique.

Pour ce qui est de l’artistique, je peux accepter une fiction sonore bien moins payée que la publicité ou l’institutionnel mais cela n’est pas comparable ! Il peut y avoir un petit tarif, mais si vraiment le projet me plaît et qu’il y a un beau travail avec le réalisateur et des personnages à jouer, c’est de l’amusement pur.

Dans le documentaire, c’est moins bien payé aussi, il y a parfois de beaux projets ayant moins de budget mais qui sont vraiment intéressants, dans ce cas-là c’est évidemment cet aspect qui prime.

En ce qui concerne la voice-over, c’est également très amusant à faire. Cela me plaît beaucoup de transformer ma voix et de l’adapter selon l’âge, le caractère ainsi que les émotions des vraies personnes à « doubler ».

Pour résumer : c’est vraiment au cas par cas, selon le projet !

M.V : Quel est le meilleur investissement que vous ayez fait pour votre métier (en termes de temps, d’argent, d’énergie, de matériel, etc…) ?

M.N : En termes d’argent je dirais la cabine voix-off, qui est par ailleurs contestée par certaines personnes qui disent que malheureusement cela nuirait au travail des voix-off qui travaillent uniquement en studio (ce qui est de plus en plus rare, excepté pour les comédiens de doublage, ce qui est tout à fait autre chose).

Pour ma part, je travaille en studio à l’extérieur et également de mon home-studio mais… je ne casse pas les tarifs pour autant ! Il faut de toute façon s’adapter à l’époque et aujourd’hui, la plupart des productions nous demandent d’être équipé pour permettre une certaine réactivité.

Pour autant, il est très important pour moi de garder un certain niveau d’exigence pour justement ne pas niveler les tarifs par le bas. Je fais attention à certains sites qui cassent les prix.

Être dans mon studio ne m’empêche pas du tout de travailler correctement et en respectant les tarifs et ceux des confrères. Globalement, je dirais donc que c’est l’un de mes meilleurs investissements financiers, parce que cela me permet d’avoir une certaine liberté.

S’il y a une urgence d’enregistrement avec un client par exemple, il y a toujours cette solution. Pour ce qui est de l’institutionnel, je travaille donc sans réalisateur, mais même en studio extérieur pour ce qui est de ce genre, c’est rarement le cas qu’il y ait un directeur artistique, c’est plutôt le client qui va donner son ressenti et prendre le pas sur les intentions finales souhaitées.

En revanche pour de la voice-over par exemple, il est important d’être dirigée. Par ailleurs, je ne fais jamais le travail d’un ingénieur du son. Je livre en brut et j’y tiens, de façon à ce que chacun garde son métier. Je ne me substitue pas à eux…et de toute façon je ne saurais pas le faire !

M.V : Quels sont les outils mis à votre disposition avant de faire une voix-off ? Disposez-vous d’un pitch ?

M.N : Il y a le texte et on me donne l’intention c’est-à-dire est-ce que l’on veut : un ton droit, posé, enjoué, souriant ou journalistique ? etc etc… On me donne donc au préalable le ton qui est souhaité.

Cela est important de bien le savoir avant l’enregistrement afin de ne pas ré-enregistrer indéfiniment. Il peut arriver aussi qu’il y ait des petits changements de textes ou que le client se rende compte qu’il veut finalement un autre ton…

Lorsqu’il s’agit de Voice-over ou de fiction sonore, on est la plupart du temps dirigé en direct avec le réalisateur donc là il n’y a pas de souci, tout se fait sur place. Dans ce cas c’est pareil, il donne une intention de jeu et puis on fait au mieux, souvent aussi avec notre ressenti du personnage, notre instinct. Selon l’écriture du texte, ses césures etc, il est en général assez facile -surtout après pas mal d’expérience- de repérer le ton souhaité et le rythme qui est attendu.

M.V : Quel est votre échec favori ?

M.N :  Je me dis que c’était une bonne chose que je sois comédienne incarnée pour commencer puis que je passe par le journalisme et que je ne commence pas plus tôt la voix-off. Ce n’est pas vraiment un échec mais disons plutôt une question de timing. Pourquoi ? Car mélanger différentes formations m’a apporté beaucoup. En tant que comédienne pour le jeu évidemment.

Les gens qui ne connaissent pas ce milieu pensent à tort qu’une belle voix suffit à être voix-off de métier mais il ne s’agit pas que de cela ! Bien sur cela est la base mais il s’agit surtout en réalité de savoir écouter…et restituer. Comprendre ce que demande le client, quel ton il souhaite… surtout quand il n’a pas le langage technique pour l’exprimer. Remonter, fermer, moduler, accentuer… Le client n’est pas « technique » et nous, en tant que voix-off, savons comment mettre le texte en avant.

La technique d’une part, combinée à l’artistique d’autre part, pour ce qui est des personnages de fiction sonore ou pour la voice-over , là c’est l’éclate !

Pour en revenir à l’échec, je me dis que j’ai bien fait de ne pas commencer plus tôt la voix-off, car les expériences d’avant m’ont nourri et m’ont aussi servi pour celle-ci.

Par exemple, sur plusieurs projets on cherchait une voix-off qui soit aussi journaliste, et comme c’est mon cas, tout cela s’est bien complété. Tout a finalement été pour le mieux !

M.V : Comment préparez-vous votre voix ? Avez-vous un rituel ?

M.N :  Je bois du thé ! Évidemment le matin il faut se chauffer un peu la voix avant d’enregistrer, car forcément au moment du réveil on a la voix un peu plus grave, un peu plus caverneuse.

Si l’on ne souhaite pas avoir de bruits de bouche (lorsque par exemple on vient de manger un gâteau bien sucré) on boit de l’eau chaude citronnée ! Je n’ai pas vraiment de rituel, j’ai plutôt des petits trucs et astuces.

Tel que toujours mettre un foulard en soie, même en été, pour que la gorge soit bien protégée afin d’éviter les courants d’air pernicieux. Je fais attention car cela est mon outil de travail.

On peut également faire des petites cures de propolis, de ginseng, de miel, de gelée royale, tout cela est très bon.

M.V : Que faites-vous lorsque vous vous sentez dépassée sur un projet ?

M.N : Cela dépend du projet.

Si je sens qu’un projet est « foireux » (en général on le sent assez rapidement), je préfère ne pas m’engager. Si la personne nous annonce des heures d’enregistrement (comme en e-learning par exemple) pour un budget dérisoire, je ne vois pas l’interêt puis ce genre de projet sont à but alimentaire.

Je n’ai aucun scrupule à dire non et à ne pas vouloir travailler avec certains clients qui de toute façon veulent tirer sur la corde et descendre encore plus les prix.

C’est déjà le cas dans la voix-off donc à un moment donné il faut se respecter et oser dire non, c’est très important.

M.V : Combien de temps faut-il pour enregistrer une voix-off pour un documentaire d’une heure et demie par exemple ?

M.N : Je n’ai jamais eu à travailler sur un documentaire d’une heure et demie, il s’agissait toujours de documentaires plus courts ou sur lesquels la voix-off intervenait sur des passages plus courts.  C’est compliqué de donner une estimation, car cela dépend énormément des projets.

Sur un projet institutionnel, cela peut aller très vite si c’est une voix « simple », sur de la voice-over cela peut être plus compliqué si on a la voix d’un personnage qui n’est pas la nôtre, qui a plus de subtilités dans le jeu ou dans la voix.

Il m’arrive de faire des voix d’enfants, des voix de femmes qui sont plus mûres, plus graves ou plus aiguës que ma tessiture naturelle donc il faut faire attention à ne jamais tomber dans la caricature et cela peut demander un peu plus de temps. Cela demande plus d’énergie et même… plus d’investissement physique ! Cela peut paraître étrange et pourtant quand on est dans le personnage on se donne beaucoup plus… cela demande un certain engagement pour certains personnages.

Ainsi je ne parlerais pas tant en termes de temps mais plutôt d’énergie.

Le temps va également beaucoup dépendre du réalisateur, du client (et s’ils sont d’accords !) s’il est pointilleux ou pas, si il avait une idée bien précise… cela dépend de toutes ses choses !

M.V : Quel conseil donneriez-vous à une personne sur le point d’entrer dans ce milieu ?

M.N : Pour rentrer dans le milieu fermé de la voix-off, il faut tout d’abord faire de belles maquettes (en précisant bien que ce sont des maquettes évidemment) mais qu’elles soient le plus « propres » et professionnelles possibles.

Il faut pas perdre espoir et envoyer de nombreux CV parce que c’est comme ça que ça marche. Il se peut qu’un jour on ait besoin de notre type de voix et c’est ainsi que cela commence, c’est à force de pugnacité que j’ai commencer à travaillé !

Mais tel que je le disais auparavant, il faut toujours garder certaines valeurs, ne pas accepter tout et n’importe quoi, penser sur le long terme.

Faire attention à ne pas aller sur des sites qui cassent trop les prix (pour soi-même ne pas se retrouver dans quelque chose qui ne soit pas financièrement et éthiquement pas intéressant).

Bonne chance 🙂.

Site internet  : https://voixoff.biz/