SERENA ET MARION POUR LE FILM : LA CASE

Réalisatrices

Découvrons ensemble, le parcours de deux réalisatrices et l’envers du décor de leur premier  film d’animation documentaire en collaboration : “La case” réalisée par Serena Porcher-carli et Marion Auvin. 

La case est un film d’animation documentaire sur 4 lesbiennes qui vivent des situations de discrimination au travail.

Le film a remporté le prix : Droit des femmes au festival très court lors de la 23e édition.

Elles nous en parlent. 

Maëlle : Quel a été votre parcours à toutes les deux ?

Marion : J’ai passé mon Bac en Bretagne et je suis partie dans une école d’arts appliqués à l’école Estienne. 

Mon idée première : J’avais envie de faire de la scénographie, quand j’ai voulu aller aux arts appliqués.

Lorsque j’ai appris qu’on pouvait apprendre à faire des dessins animés, (je ne m’étais jamais posée la question, qu’on pouvait apprendre ça) ça m’a paru exactement ce que je voulais faire. 

À l’école Estienne, j’ai commencé à apprendre l’animation. Ensuite je suis partie à Angoulême dans une école qui s’appelle l’EMCA, qui a été vraiment formidable. 

J’ai eu la chance en sortant de cette école, de pouvoir participer à la première saison de la série qui s’appelle « En sortant de l’école ». C’est 13 réalisateurs qui sortent d’écoles et qui adaptent des poèmes.

Pour ma part j’ai eu une sortie d’école en étant directement réalisatrice, ce qui est une chance assez incroyable. Et je pense que ça m’a facilité beaucoup de choses pour continuer à faire des films.

Serena Je suis arrivée aux documentaires après des études un peu longues… Je suis passée par une prépa littéraire, ensuite j’ai fait un peu de droit, une licence, un master de géographie, j’ai voyagé. 

À la sortie de ce master de géographie, j’avais fait un petit film documentaire pour mon mémoire, et ça a été la révélation, je me suis dit que j’avais envie de continuer dans cette voie, j’avais trouvé ma façon de m’exprimer, parce que l’écriture c’était pas tout à fait mon médium préféré. 

Malheureusement, je ne savais pas encore que quand on fait du documentaire, il fallait beaucoup écrire, et du coup, je me suis orientée vers un master de cinéma documentaire, qui n’était pas génial en soit parce que la formation était légère, mais en tout cas ça a confirmé mon désir de film. 

Je me suis retrouvée à passer le concours Louis lumière un peu par obligation… J’ai beaucoup hésité avant de faire cette école parce que j’avais déjà 25 ans, j’avais déjà deux Master 2 et j’en avais un peu marre des études… Pas mal de gens m’ont tannée en me disant que ça ne se faisait pas de refuser un concours comme ça. Donc j’y suis allée, j’ai fait mes 3 ans à Louis Lumière en photographie.

Pendant 3 ans, j’ai quasiment pas fait de documentaire, à part ‘’Enzo’’, mon film de fin d’études en 3ème année, où là, on avait un peu plus de libertés, et j’ai repris du coup le chemin du documentaire avec joie. 

J’ai eu aussi la chance, comme Marion, d’être propulsée directement dans le métier de réalisatrice en faisant ce film, grâce à l’encadrement de l’école. 

C’est un film qui a beaucoup tourné en festival,  dont je me suis occupée toute seule de la distribution pendant 2 ans. 

Regarder “ENZO” : https://www.cinemutins.com/enzo

Maëlle : Comment vous vous êtes rencontrées toutes les deux ? 

Marion : J’ai travaillé avec la clairière productions, qui est une société de production qui produit pas mal de documentaires.                                    https://laclairiereproduction.com/

Pour leur premier projet en animation, c’est Claire Beffa la productrice de cette boîte qui m’a contacté pour que je participe à cette série. C’était un super projet ! Ça s’appelait les petites madeleines. 

Donc, c’est Claire la productrice, qui nous a mis en lien. 

Serena :  Mon film Enzo a été projeté aux rencontres internationales de Lille, Marie qui faisait partie de la boîte de production était là, et elle a beaucoup aimé mon film Enzo. On a discuté en fin de projection, et elle m’a mise en contact avec les productrices de la clairière.

On s’est rencontrées autour d’un café, on a parlé d’Enzo qu’elles ont beaucoup aimé. 

Elles m’ont dit : “Ça correspond exactement à un projet qu’on aimerait mettre en place sur les discriminations en tant que personnes trans au travail, mais on est face à une difficulté, c’est qu’on n’arrive pas à avoir des témoignages à visage découvert, donc on aimerait faire ça en animation”. Car Enzo, est un court-métrage sur un mec trans et c’est à visage plus ou moins couvert, donc ça leur paraissait correspondre.

Et puis là, elles m’ont parlé de Marion, et la rencontre s’est faite et ça a été tout de suite très facile. 

Maëlle : Ça a été naturel votre collaboration ? 

Marion : Oui, je pense qu’on n’a pas les mêmes compétences, mais elles se complètent très bien. Enfin, chacune apporte quelque chose à l’autre et forcément ça marche très bien, ça a été très facile.

Serena : Oui, et puis on a aussi une sensibilité commune face aux sujets sur lesquels on travaille. 

Marion : Oui, c’est vrai !

Maëlle : Comme je le disais tout à l’heure, vous avez réalisé le court-métrage “La Case”, est-ce que vous pouvez nous le pitcher ? 

Serena Oh mon Dieu. 

MarionMoi je suis très mauvaise pour raconter. 

SerenaAllez, je me lance, j’essaie. 

MarionMerci. 

SerenaJ’ai senti ta détresse, Marion (rire)

La case, c’est un film d’animation documentaire sur 4 lesbiennes qui vivent des situations de discrimination au travail. On a voulu axer le film sur le fait que ces discriminations, elles ne sont pas a priori terribles, gravissimes, mais en fait, c’est de l’ordre du sensible. J’ai voulu axer ce film sur des petits détails où le spectateur se dirait « ah oui merde, ça a pu forcément m’arriver ce que je viens d’entendre, c’est désagréable à entendre en tant que lesbienne ». 

C’est un film de 4 minutes, très court, qui décrit des situations désagréables à vivre en tant que personne homosexuelle dans un lieu de travail et c’est raconté par 4 lesbiennes. 

Maëlle : Comme tu le disais, 4 femmes sont les voix off du court-métrage. Comment s’est fait la rencontre ? C’est des amies à toi ? 

SerenaC’était la difficulté du film, on a travaillé avec peu de moyens de façon très rapide, et on n’avait pas énormément de temps pour faire enregistrer les entretiens avec un ingénieur du son. 

Deux femmes sont d’une entreprise, j’ai eu 1 h 30 un midi avec elles. 

Deux autres femmes, on a eu un peu plus de temps parce que j’ai insisté sur le fait que c’était IMPORTANT.

Et deux copines que j’ai rencontrées par le bouche à oreille dans le milieu du roller derby, parce que je fais du roller derby. 

Maëlle : Comment vous vous êtes attribué les tâches avec Marion ? Toi Serena, tu étais à la réalisation, à l’écriture, et toi Marion tu étais à l’animation ?

Marion : Animation et réalisation, parce qu’il y a un travail de mise en scène qui n’est pas le même que celui de l’animation. La mise en scène, on en a parlé ensemble, j’avais fait quelques petits croquis, une espèce de story-board très brouillon avec quelques idées, et nous en avons discuté avec Serena.

Et à partir du montage son de Serena, j’ai pu faire une mise en scène, monter un story-board pour voir comment ça marche dans le temps, et c’est ce qu’on appelle une animatique. 

L’animatique fait vraiment partie de la réalisation d’un film. Et après, une fois qu’on en est toutes les deux contentes, le producteur aussi, là, on peut passer à l’animation. 

Maëlle : Combien de temps il y a eu entre l’idée du film, et la diffusion au festival Très court ? 

Serena : Question difficile car on a d’abord fait un petit film sur la discrimination en tant que personne trans, qu’on a pas terminé pour des questions financières. On a d’abord commencé par celui-là, donc ce serait difficile à dire… 

Mais on peut quand même dire que ça a été très rapide la conception, et que d’ailleurs moi, j’aurais aimé, et toi aussi Marion, on aurait aimé avoir plus de temps. 

Marion : Oui ça c’est sûr. On a été très pressées.

Serena : Et qu’il y avait une contrainte de livraison parce qu’elle voulait le montrer lors de la journée internationale de la lutte contre la transphobie… Je ne sais plus si c’était pour la journée du droit des femmes ou autre chose, mais en tout cas, il y avait une date limite, et on était hyper pressées. Donc, en trois semaines, je crois, Marion, vous avez fait l’animation ?

Marion : Même pas, en deux semaines, et on était deux animatrices. Après moi, j’ai dû déborder un peu pour finir la couleur, enfin la couleur qui n’existe pas, mais les masques blancs pour masquer les décors, les photos. Mais oui l’animation ça m’a pris que deux semaines.  

Serena : Et moi, je me souviens que pour le montage son j’ai eu peu de temps aussi, je me souviens plus mais moins d’une semaine.

Marion : Ah oui ! 

Maëlle : Ah oui, c’est super court !

Serena : Oui c’est un peu frustrant. Et d’ailleurs, il y a plein de petits défauts que je repère en termes de rythme de son, mais ça, c’est normal quand on fait un film, on a toujours plein de choses à dire. 

Marion : Oui, on sera jamais complètement satisfaites. 

Maëlle : Vous étiez combien dans l’équipe technique ? 

Serena : Et bien peu ! De mon côté il y avait juste moi et un ingénieur du son sur les interviews. 

C’est moi qui ai fait l’ours du montage son, ensuite il a été rendu propre et mixé par le monteur qui était le même ingénieur du son qui avait été là sur le tournage avec moi. 

Maëlle : Et toi Marion ? 

Marion : On était deux animatrices, moi et Marta et il y a eu Clément au compositing, qui est la dernière étape pour finaliser l’image, et du coup équipe technique, trois à l’image. 

Serena : Oui et puis les photos ont été faites par moi aussi, donc on était vraiment une toute petite équipe.

Maëlle : Petite équipe composée de 5 personnes, pour réaliser un film génial, vraiment. 

Marion : C’est gentil !

Maëlle : Quel est le meilleur investissement que vous avez fait sur ce film ? 

Marion : Je pense que c’était l’énergie ! On avait que deux semaines pour  faire l’animation, ce qui est un truc complètement dingue ! Le film fait 4 minutes et normalement, c’est génial de faire 7 secondes par jour. 

Et donc là, il fallait vraiment qu’on aille beaucoup plus vite que ça. 

C’était très intense, parce que 5 jours dans la semaine ne suffisaient pas, heureusement qu’il y avait les week-ends, et c’était en confinement donc je n’avais pas de sorties de prévues, donc c’était pas mal.(rire) 

Mais c’était deux semaines très très intenses, oui !

Serena : Moi, je dirais que c’est l’énergie aussi parce que j’avais vraiment une envie, une nécessité, une volonté de faire un film qui soit assez fin…

J’avais pas du tout envie qu’on entende des poncifs, et du coup il y a eu un gros gros travail de dérochage au niveau du son, qui m’a pris énormément de temps. Je crois que j’avais un ours de deux heures, et il fallait faire 7 minutes… Ça me paraissait complètement infaisable mais finalement on a réussi ! Enfin, j’ai réussi avec l’aide de mes productrices.

C’était hyper important de faire quelque chose d’assez doux, et en même temps efficace, et le plus difficile pour moi ça a été le son. 

Maëlle : En tout cas, c’est réussi. 

MarionMerci.

Serena Merci beaucoup.