Sophie REINE

Monteuse

Dimanche 19 avril, je vous ai demandé de choisir la prochaine Femme De l’Image en vous proposant 3 films et vous avez voté pour le film Gueule d’Ange de Vanessa Filho. Aujourd’hui, je vous présente la monteuse du film : Sophie REINE.

En 2008, Sophie REINE a gagné le césar du meilleur montage pour le film “Le dernier jour du reste de ta vie“.

Je suis tellement heureuse de vous présenter Sophie REINE. Elle n’est pas seulement monteuse, mais aussi la réalisatrice du film Cigarette et Chocolat chaud avec Camille COTTIN et Gustave KERVERN.

Avec Sophie, on a discuté des conditions de travails des monteurs sur un film, qui est malheureusement un métier trop mis à l’écart… des réalisatrices et réalisateurs avec qui elle a adoré travailler.

Venez découvrir l’univers du montage aux côtés de Sophie qui a eu la gentillesse de nous  faire découvrir le monde caché du montage.

Maëlle VABRE : En quoi consiste votre métier de monteuse ?

Sophie REINE : Le montage , ce serait comme partir d’un diamant brut et d’en faire un merveilleux bijou .

M.V : Sur quels types de projets travaillez-vous en tant que monteuse en ce moment ?

S.R : Avant le confinement j’ai monté les 2 derniers épisodes réalisés par Alan POUL de la serie Netflix de Damien CHAZELLE .

J’attends avec impatience les dates du tournage de “Suprême” réalisé par Audrey ESTROUGO un biopic sur le mythique groupe NTM.

M.V : Quelles sont les études que vous avez faites pour devenir monteuse ?

S.R : Sur une courte période, je suis allée à L’ESRA, puis j’ai rencontré des monteurs, j’ai été stagiaire et assistante.

Je me suis formée « sur le tas »  aux côtés de monteurs qui m’ont tout appris notamment martine GIORDANO.

M.V : Quel est l’élément qu’on vous donne avant de commencer un montage ?

S.R : Le scenario… c’est la « bible » du film.  Mais je m’en « libère » assez vite.

M.V : Quelle est la principale qualité qu’il faut avoir pour être monteuse ?

S.R : Je dirais : opiniâtre, tenace tout en étant à l’écoute. Psychologue aussi .

C’est une étape délicate car c’est la troisième écriture et la dernière, d’un film. Il y a le scénario qu’on écrit, ce qui se passe sur le tournage avec les bonnes et les mauvaises surprises et enfin le montage. Le réalisateur doit « lâcher » ce qu’il a écrit pour travailler avec les images existantes. 

J’étais consciente de  cette difficulté à « lâcher le scénario » mais j’ai l’ai éprouvé vraiment  sur mon film (https://www.youtube.com/watch?v=JsJHi4yQeTQ),  monté par deux monteuses formidables, Claire FIESCHI et Nassim GORDJI.

M.V : Qu’est-ce que vous faites lorsque vous vous sentez dépassée sur un projet ? Le financement est limité, il y a trop de choses à faire… Comment gérez-vous ça ?

S.R : Nous gérons notre temps et les journées sont souvent longues et intenses car c’est un travail de réflexion, d’essais, de discussion… c’est donc un métier où il faut s’engager à 200 %, c’est ce qui est passionnant mais c’est aussi parfois ingrat.

De l’extérieur, personne ne se rend pas vraiment compte de ce qui se passe dans la salle, c’est très abstrait, c’est comme l’écriture et donc pas du tout considéré à sa juste valeur. Les scénaristes ont les mêmes difficultés. Et comme dans beaucoup de domaines , les conditions ne s’améliorent pas. Il y a de plus en plus de rushs à visionner, de moins en moins de temps, les assistants sont supprimés… Il y a vraiment du boulot à faire pour revaloriser notre métier.

M.V : Sur quels critères vous basez-vous pour accepter un projet ?

S.R : Je choisis sur le scénario et la rencontre avec le réalisateur savoir si on va se supporter dans la salle, si on se sent bien de partir ensemble dans une aventure aussi longue, si intense.

M.V : Comment arrive-t-on à mettre sa patte sur un film ?

S.R : J’ai eu la chance d’être « élevée » par Martine GIORDANO monteuse de génie.  Elle m’a appris à être très libre, à ne pas m’embarrasser avec des règles techniques du montage, bouleverser la structure, travailler l’évolution des personnages et surtout écouter son instinct.

M.V : Encore aujourd’hui quand vous travaillez avec des réalisateurs sur le montage, est-ce qu’ils vous imposent des images ou est-ce qu’ils vous laissent complètement libre sur le montage ?

S.R : Chaque projet est différent. Ça dépend complètement du réalisateur et de son expérience aussi. Il doit y avoir de la confiance entre nous. Et c’est de la communication entre les deux que va naître le film,

J’ai eu jusqu’à maintenant la chance de ne pas me sentir contrôlée, frustrée.

M.V : Combien de temps en heure active avez-vous travaillé sur le montage de Gueule d’Ange ?

S.R : Gueule d’Ange était très particulier parce qu’on avait peu de temps, et beaucoup de rushs.

C’est un film très ambitieux,  poétique, visuellement très riche, à hauteur d’enfant et il fallait trouver ce point de vue. (https://www.youtube.com/watch?v=WYLr6hn4eKk)

Nous avons passées beaucoup de temps en salle mais c’était passionnant.

M.V : Est-ce que vous avez un agent ?

S.R : J’avais un agent, mais c’est très difficile en France de négocier le salaire en montage. Du coup j’essaie de  me débrouiller seule.

M.V : Le tournage est terminé, tout est dans la boîte, où vont les images avant de commencer le montage ?

S.R : Tout part dans un laboratoire, tout un système avec des logiciels qui compresse tout ça pour que ça puisse être lu sur nos machines.

Ensuite, on les récupère, on a des assistants qui font la synchronisation de l’image et du son et on récupère tout ça dans notre logiciel de montage vidéo.

M.V : Quel est le conseil que vous donneriez à l’ancienne Sophie qui est en train de travailler sur sa future carrière ?

S.R : Le petit conseil que je me donnerais, et que je n’applique absolument pas : de ce donner un peu plus de temps entre deux projets.

M.V : Le conseil à une personne qui débute ?

S.R : Ne pas s’enfermer dans un genre.

Moi, je pense que j’ai réussi à faire différent genre de film, du coup ça ne m’enferme pas, je vais vers les films que j’aime.

M.V : Quel est le meilleur souvenir que vous gardez sur un film ?

Je n’ai presque que des bons souvenirs.

Mais si je dois choisir je dirais : le montage de mon premier film bien sur, “La chatte à deux têtes”, un film de Jacques NOLOT et Évidemment “Le premier jour du reste de ta vie” de Rémi BEZANÇON, ça a été une longue collaboration.

Suivez Sophie REINE : http://sophiereine.fr/