Sophie TEPPER

Productrice

Productrice indépendante au parcours atypique, Sophie TEPPER nous parle du succès qu’elle a eu avec le film  “Les Vieux Fourneaux” avec sa boite de production “Égerie production”. Découvrez une femme productrice qui nous ouvre les portes de la production cinématographique.

M.V : Sur quel type de projet travaillez-vous en temps que productrice ?

S.T : Je travaille sur des projets de cinéma depuis quelques temps. Je m’ouvre aussi à la possibilité de travailler sur de la série à partir du moment que c’est de la série haute gamme et j’interviens au stade du développement, c’est-à-dire avant que le projet existe.

M.V : Pouvez-vous nous donner un exemple de projet typique ?

S.T : Mes projets ne sont pas typiques parce qu’ils sont tous atypiques… la dernière chose que j’ai produite c’est l’adaptation d’une bande dessinée qui s’appelle “Les Vieux Fourneaux”, dont j’avais lu la bande dessinée. Puis en lisant la bande dessinée je me suis dit que ça serait un très bon projet cinéma. Mon travail a consisté à trouver un partenaire.

Pour tout vous dire, je suis toute seule dans ma société. Mes bureaux sont chez moi, c’est un choix. Pour chercher des talents je vais les dénicher soit dans des films que je vois, soit dans des articles que je lis. Ou alors, des gens viennent me solliciter.

Mais comme je ne suis pas la société de production la plus connue sur le marché je ne reçois pas des tonnes de projets. Les agents ne m’envoient pas de projet.

Les groupes ne m’envoient pas de projet. J’ai les projets que je vais chercher. C’est moi qui prospecte, pour moi-même. J’ai beaucoup de choses sur LinkedIn ou sur les réseaux sociaux, comme ça de temps en temps où part des messages groupés … mais je n’ai jamais trouvé de projets professionnels.

M.V : Sur quels critères vous vous basez pour produire un film ?

S.T : Même si mes projets sont très différents, le seul critère c’est d’avoir une pulsion de désir suffisamment forte pour me dire que j’ai envie de passer plusieurs années avec cette chose là dans ma tête et dans mon quotidien.

C’est ma seule motivation, pour tout les projets.

J’ai rencontré une jeune réalisatrice, qui à l’époque était juste auteur.

Elle s’appelle Jeanne Herry elle n’avait encore rien fait. J’ai lu son premier projet, je me suis dit tout de suite que j’avais envie de passer plusieurs années à l’accompagner parce que j’y croyais suffisamment. C’est le désir, le moteur.

M.V : Dans votre métier de productrice quel est l’un des meilleurs investissements que vous avez fait ? ( temps ou argent ou énergie ou matériel )

S.T : Pour l’instant c’est “Les Vieux Fourneaux“. Ça a été couronné de succès, c’est une expérience qui s’est très bien passée avec mes partenaires, et en ce moment on est en train de travailler sur une suite. C’est le meilleur projet, c’est d’autant plus le meilleur investissement.

Comme c’est le plus gros succès que j’ai eu dans ma carrière de productrice cinéma, c’est celui qui m’a amené le plus de reconnaissance et aussi de gens qui maintenant me proposent des choses. Des gens qui ne seraient peut être pas venus à moi avant.

En terme financier : C’est un film que je n’ai pas produit, mais j’ai développé le scénario et l’aspect artistique. Une boîte de production me l’a acheté et m’ont remboursé tout ce que j’avais investi.

M.V : Avez-vous un “échec favori” ?

S.T : Oui j’en ai un. C’est Jeanne Herry, cette réalisatrice que j’ai connue à ses débuts. Vu le potentiel que j’avais vu en elle, je pensais vraiment l’accompagner pendant toute sa carrière. C’est le genre de rencontre artistique dont on rêve quand on est producteur.

Son potentiel s’est réalisé puisqu’elle est aujourd’hui parmi les jeunes réalisateurs qui comptent dans le cinéma français. Pour son deuxième projet, elle ne m’a pas choisi : disons que c’est l’échec le plus éclatant que j’ai eu. 

Tous les producteurs se font quitter un jour par des réalisateurs, c’est normal et j’ai été sans doute plus affectée qu’un autre car j’ai un volume moindre de projets, donc une rupture est forcément ressentie plus fortement.

Peut-être qu’on se reverra dans d’autres projets …

M.V : Depuis combien de temps vous êtes productrice ?

S.T : Ma société de production “Égérie Producton” a 20 ans, mais j’ai mis du temps à démarrer, puis j’ai mis pas mal d’espace dans mes projets.

Ma société est active depuis 8 à 10 ans à peu près.

M.V : Que faites-vous lorsque vous vous sentez dépassée lors d’un projet ?  ( trop de choses à faire, financement limité … ) comment vous gérez ça ?

S.T : Je le gère comme on gère toutes les difficultés, surtout dans notre métier où il y a pas mal de retournement de situation. On croit que s’est désespéré, on croit que ça va pas se faire…

Comme si on était à la pêche, on pose plein d’hameçons dans plein d’endroits, puis vous attendez. Il suffit d’une prise, pour vous redonner l’envie, parfois vous attendez il se passe rien et vous êtes désespéré très souvent ça m’est arrivé de vouloir arrêter. Mais je n’ai pas arrêté, je ne regrette pas de ne pas avoir arrêté. On dort dessus, et ça va mieux le lendemain.

M.V : Vous avez fait quoi comme études ?

S.T : Je suis d’une génération assez ancienne. On pouvait aller travailler sans faire d’études. Dès que j’ai eu mon bac, j’ai fait des études d’anglais, un peu de droit mais j’ai arrêté tout ça très vite. J’ai travaillé dans une boîte de production qui avait des bureaux partout en Europe :  Londres, Berlin-Ouest. Je travaillais pour eux, voyager pour eux dans toute l’Europe et j’ai appris mon métier sur le tas.

Je n’ai pas de diplôme à part le bac.

M.V : Comment avez-vous fait pour développer votre réseau ?

S.T : J’ai fait extrêmement de choses différentes. Finalement dans un réseau tout se rejoint par capillarité. J’ai commencé dans la musique, ensuite j’ai fait une grande parenthèse pendant 5 à 6 ans. J’ai ouvert un restaurant à Paris. J’avais plein de gens dans mon restaurant que je connaissais dans le monde de la musique. De là ça m’a amené à travailler à la télé, j’ai passé 15 années à la télévision.

J’ai toujours été quand même dans le milieu audiovisuel et toujours proche de l’artistique. Je n’étais pas une auto-entrepreneuse.

Je n’étais pas dans une société de production cinéma et ça a été plus long que pour une personne qui aurait commencé chez Gaumont ou studio Canal et qui aurait fait son réseau comme ça.

C’était un peu plus long, différent et efficace quand même.

M.V : En tant que productrice qu’est-ce que vous aimerais voir de nouveau au cinéma ?

S.T : J’aimerais amener de nouveaux talents pérennes. Puis des années après me dire “j’avais bien vu”.

M.V : Quel conseil donneriez-vous à une personne sur le point d’entrer dans le “monde réel” de la production ?

S.T : Je lui donnerai comme conseil de très bien maîtriser le modèle économique du cinéma. Parce que c’est très compliqué d’en vivre, contrairement à ce qu’on croit. Un producteur n’est pas quelqu’un qui gagne beaucoup de sous, c’est la personne qui passe le plus longtemps sur un projet. Le producteur est là, du début à la fin, il n’est absolument pas récompensé à la hauteur du temps qu’il passe sur les projets. Je parle financièrement, parfois ça arrive.

Si vous êtes plus penché sur l’artistique et que vous vous reposé sur des associés pour faire la partie financière je pense que c’est quand même indispensable de la maîtriser. Il faut avoir une vraie compréhension du “comment ça fonctionne”.

L’autre conseil aussi, c’est de savoir très bien décrypter un scénario.

M.V : Le conseil qu’il devrait ignorer ?

S.T : Quand c’est pas assez bien écrit, je pense qu’il ne faut pas y aller, qu’il faut travailler le scénario longtemps. Parce que très souvent dans le système français, il y a des projets qui se montent parce que il y a des noms bankable qui font le financement et pourtant le scénario n’y est pas. Je dis ça mais parfois c’est couronné de succès.

Mais moi, dans ma vision du métier je pense qu’il vaut mieux attendre que le projet soit prêt pour y aller.

M.V : Combien y a-t-il de temps entre le projet reçu et la diffusion du projet ?

S.T : Ça dépend, quand vous débutez ça peut être très long parce qu’il faut faire ses preuves. Montrer à tous les acteurs de ce métier et aux financiers, que ça repose sur quelque chose de bien. Il faut qu’ils vous suivent. Puis quand c’est un succès ça vous sert de démarreur. Les projets vont beaucoup plus vite.

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