Tuong-vi NGUYEN LONG

Réalisatrice de documentaire

“ Je fais des films parce que je me pose des questions et comme je n’aime pas y répondre seule, je vais voir ce que les autres en pensent ”. Voici comment se décrit Tuong-vi Nguyen long . Tuong-vi est réalisatrice de documentaire engagée. Elle nous ouvre les portes sur la réalité de la conception de film documentaire, qui pour elle mélange attente et émerveillement.

Maëlle VABRE : Bonjour Tuong-vi Nguyen long, quelle est la rencontre qui vous a le plus marquée depuis vos débuts en tant que réalisatrice de documentaire et pourquoi ?

Tuong-vi Nguyen long : La rencontre qui m’a le plus marquée a eu lieu lors d’un atelier d’écriture que j’avais organisé dans le cadre d’un documentaire dans une résidence sociale pour femmes. J’y ai travaillé avec Sakina, une femme qui m’a fait découvrir qu’un personnage féminin n’est pas simplement une image, une idée ou un symbole mais la somme de tous les événements de sa vie. A travers l’histoire d’amour qu’elle écrivait, c’est le portrait d’une femme qui se dessinait. Ce fut une véritable leçon d’écriture de sa part pour la réalisatrice que j’étais.

M.V : Quel conseil donneriez-vous à une plus jeune version de vous-même qui débute dans le milieu de la réalisation de documentaires ?

Tuong-vi Nguyen long : Je dirai de persévérer quelque soit les obstacles, de ne jamais se décourager et de ne pas hésiter à frapper à toutes les portes, à contacter directement les personnes susceptibles de l’aider à concrétiser son projet, car lorsqu’on débute personne ne vous attend alors il faut montrer qu’on existe.

Concernant son film à venir, je l’encouragerais à ne jamais s’autocensurer et se permettre toutes les formes et récits possibles à partir du moment où ceux-ci soutiennent sa démarche artistique.

Ce n’est pas parce qu’on fait du documentaire qu’il faut filmer de façon réaliste et didactique…

Résister au formatage que nous imposent les différents partenaires financiers me semble essentiel, car ce film doit refléter son rapport au monde.

L’intérêt de chaque documentaire de création réside dans le regard du/de la réalisatrice/teur. Le chemin est long et parfois ardu mais très enrichissant pour celui/celle qui persiste.

M.V : Quel est pour vous l’aspect le plus difficile dans la réalisation de documentaires ?

Tuong-vi Nguyen long : Ce sentiment de courir après la réalité qui est en partie dû au fait qu’on demande toujours au réalisateur de documentaire d’écrire des dossiers de financement très précis avec scénario détaillé puis d’attendre une réponse avant de partir en tournage. Entre temps la vie continue et lorsqu’on peut enfin prendre sa caméra en main, la réalité ne correspond plus à ce qu’on voulait filmer au départ… Ce qui fait que TOUS les réalisateurs de documentaires de création commencent toujours à filmer avant d’en avoir l’autorisation et c’est une situation très inconfortable, à la fois financièrement et aussi car on ne se sent pas du tout soutenu dans la pratique de notre art… Devoir faire ses preuves annihile beaucoup la créativité. A part cet inconvénient d’ordre “institutionnel”, courir après la réalité a pour moi des aspects très positifs: il me fait me sentir plus vivante, en état d’alerte perpétuelle, au plus proche des préoccupations des personnages et des lieux que je filme: ce sentiment de toujours m’adapter aux événements qui arrivent et qui transforment mon récit me fait préférer pour l’instant le documentaire à la fiction. J’aime beaucoup ne pas savoir la fin d’un film quand je commence le tournage, comme dans un voyage, j’ai la direction que je souhaite prendre mais tout peut arriver en cours de route.

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